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sur 5

En 1969, Brian De Palma a déjà fait ses preuves dans le circuit du cinéma underground, entre fictions décalées et films carrément expérimentaux. Sisters peut être considéré comme son premier film grand public, celui où il unit le fond institué par Greetings, et la forme de Dionysus in 69, celui que Luc Lagier avait refusé de commenter dans son livre Les 1000 yeux de Brian De Palma (éditions Dark Star), et pour lequel pourtant il a accepté d’écrire un petit livre inclus dans le DVD, retraçant la genèse du film et proposant une rapide analyse esthétique qui nous prouve que, si le film n’est pas l’un des préféré de l’analyste, il n’en est pas moins déterminant dans la carrière du cinéaste.

Sisters, c’est le travail préparatoire aux grands films de De Palma : les films fantastiques : (Carrie), les thrillers (Blow out, Dressed to kill), les films baroques (Phantom of the paradise). Alors que De Palma a la réputation d’être un spécialiste de l’horreur, on s’aperçoit qu’il est en fait un cinéaste du policier. En témoignent à la fois ses scénarios et son esthétique, faits de détectives, d’espionnage, de vidéosurveillance, de split-screen. Sisters semble être le seul film qui réconcilie avant de les séparer de nouveau les genres horreur et policier, car s’il est un film terrifiant dans l’oeuvre de De Palma, c’est bien celui-ci, dans lequel le grotesque, loin de fonctionner comme du second degré, ne fait qu’accélérer le processus anxiogène que De Palma expérimente avec des outils qui deviendront sa marque de fabrique, mais également avec des images inédites. Comme en atteste la scène du rêve en noir et blanc, entre Frankenstein et Freaks, qui produit une impression d’étouffement et d’angoisse unique dans son oeuvre, notamment grâce à l’utilisation de l’iris.

Sisters est à lui seul un freak, dans lequel évolue le comédien le plus intéressant de l’oeuvre de De Palma, William Finley, interprète fétiche de la première période depalmienne, et qui connaîtra son heure de gloire dans le rôle titre de Phantom of the paradise. Cet individu inquiétant au corps long et fin, déjà prophète dans Dionysus in 69, aux interprétations toujours flamboyantes, on le retrouve avec délectation dans l’interview bonus du DVD, dans lequel il nous explique la genèse du personnage de Emil Breton, qu’il campe entre finesse et caricature. Outre Finley et De Palma, Paul Hirsch, le monteur fétiche du réalisateur s’exprime également, nous dévoilant quelques informations sur l’utilisation du split-screen. L’occasion de constater que le monteur et le réalisateur ont des vues totalement différentes sur son utilisation, alors qu’ils ont réalisé les split-screen les plus réussis de l’histoire du cinéma. Les interviews croisées nous révèlent également l’histoire de la première collaboration entre De Palma et le compositeur d’Alfred Hitchcock, Bernard Hermann, qui, si elle connut des débuts chaotiques, fut aussi fructueuse qu’avec le maître.

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