2
sur 5

« Il était une fin » donc, dit le sous-titre français de Shrek 4, l’ultime épisode de la matrice historique des studios d’animation Dreamworks. Comme toujours, l’ogre s’y prélasse en famille, cousin vert pomme d’Homer Simpson, en moins fantaisiste. La fantaisie, c’est pourtant bien ce que la saga est censée produire par nature, mais le coup de l’ogre sympathique, passé deux suites à succès, n’a plus rien de rafraîchissant. Au moins le film en a pleinement conscience, comme épouvanté par son ronron industriel, et qui semble caller au bout des cinq première minutes, exposition clipesque du personnage sur fond d’atroce pop américaine. Lui-même saturé par son existence de gentil beauf américain, Shrek échange à un margoulin démoniaque une journée de son passé contre vingt-quatre heures dans la peau d’un ogre qui fait peur.

Le deal s’avère plus pervers que prévu. Ayant naïvement refilé le jour de sa rencontre avec sa femme, Shrek se retrouve coincé dans un espace-temps à l’intérieur duquel il est littéralement zappé par son entourage. Bonne idée, digne de Zemeckis ou d’Harold Ramis, qui consiste à faire de Shrek l’étranger dans son propre film, croisant des figures familières qui ont évolué sans lui et qu’il s’agit de reconquérir (son pote l’âne, son épouse, devenue guerrière en chef) afin de restaurer le cours de l’histoire. Revenir pile poil au point de départ, c’est aussi la limite à la bonne idée, imposée par la grosse machine Dreamworks. Plutôt que de profiter de l’effet table rase pour remuscler une franchise à bout de souffle que même son héros éponyme rejette – et aspirer, soyons fous, à plus de profondeur ou simplement à autre chose – Shrek 4 n’a qu’une obsession : revenir, quoi qu’il en coûte, au fameux clip de bonheur familial du générique, soit le Shrek qui cartonne à chaque fois au box-office, sans la moindre alternative possible, quitte à ce que le héros ravale d’un coup sa nouvelle crise existentielle. Et le pire, c’est qu’il y parvient.

Cet effet boomerang déprimant, qu’on présume très vite (affolé, Shrek est prêt à redevenir sympa pour retrouver sa famille) affecte le déroulement de l’ensemble, toujours soumis aux figures imposées de la série. La journée d’ « ogre méchant » par exemple est révélatrice de cette impuissance au moindre développement, comme si l’identité du film était en péril dès qu’il s’agit de pousser le concept dans ses retranchements. Un clip, un de plus (avec les poursuites, la seule scène d’action de la série) montre la créature, hilare, terrifier des villageois, sans que jamais la tentation d’en croquer un seul lui traverse l’esprit. C’est donc cela un Shrek au summum de sa cruauté, cinq minutes annoncées comme cathartiques, en fait une pauvre onomatopée de cours de récré (« bouh »), répétée en boucle et en musique, maigre pitance d’un film résolument programmé à rester superficiel.

Le scénario se contente alors de retourner les codes de la mythologie Dreamworks avec un art consommé de la pirouette (grossir le chat, rencarder à nouveau l’âne et le dragon, etc.), et d’autres ficelles qui ont fait le succès de la série : propension au pastiche, fiction en kit, mix indigeste entre féerie et beauferie contemporaine (la journée d’anniversaire des enfants, digne d’un spectacle chez MacDo). Le résultat est efficace mais néanmoins nul, au sens où le film n’apporte strictement rien de plus que les épisodes précédents. Une chose peut être, ce bidule numérique semble avoir tellement conscience de sa propre inanité que sa faculté à s’autozapper laisse augurer de la place qu’il occupera dans la mémoire collective dans les dix ou vingt ans à venir.

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