PARTAGER
3
sur 5

André Dussolier est en caleçon dans son salon. Son ventre arrondi déborde de sa chemise ouverte. Il entame une étrange danse, une bouteille de scotch presque vide à la main. Il est alcoolique, sa femme l’a quittée, et il a une affaire de serial killer sur les bras. Dur ! Charles Berling, lui, offre le visage plus « sain » du flic : sa femme est encore là mais cela ne l’empêche pas de se payer les services d’une prostituée quand il est en déplacement en province. Scènes de crimes, premier long métrage de Frédéric Schoendoerffer (fils de Pierre), retrace une enquête policière en adoptant le point de vue exclusif des deux flics précités. Sans flingues, ni poursuites, ni fusillades, il détaille le méticuleux travail d’enquête qui permet d’accumuler les indices menant à un tueur en série. Sans utiliser les artifices habituels du film policier, Frédéric Schoendoerffer parvient à maintenir une tension basée sur le quotidien de ses deux protagonistes principaux : découverte des corps, autopsie, les scènes-chocs du résultat des crimes rythment le film.

En filigrane de cette enquête sur les traces d’un atroce serial killer apparaît un portrait peu réjouissant de la gente féminine. Contrairement aux séries policières télévisées, depuis Julie Lescaut, Quai n°1, Une Femme d’honneur ou PJ qui font une vraie place aux femmes, Scènes de crimes n’a pas été atteint du syndrome de la parité. Pire, on pourrait sans exagérer taxer Frédéric Schoendoerffer de machisme outrageant. Selon lui en effet, les femmes sont : épouses enceintes (Camille Japy), mères (Denis Chalem), actrices de porno, putes, à l’extrême rigueur substitut du procureur (incapable de se déplacer sur un chantier pour cause de talons trop hauts) ou vendeuse de pharmacie. Mais peut-être cette image réductrice de la femme est-elle issue du terrain que Schoendoerffer fils prétend reconstituer à l’identique : le quotidien de la brigade criminelle ? Autre justification possible à cette catégorisation : elle est le reflet de celle du serial killer traqué. Les filles qu’il tue sont toutes des copies conformes d’un modèle féminin « idéal » : jeune, mignonne, blonde et séductrice. De là à penser qu’elle a bien mérité ce qui lui arrive ?… Il ne fallait pas tenter Adam, n’est-ce pas ?

Pourtant, malgré une résolution de l’intrigue un peu rapide, et cette vision de la femme quelque peu négativement archétypée, Scènes de crimes est un film sans temps morts qui a le mérite d’être très bien servi par ses deux interprètes principaux : Dussolier et Berling.