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sur 5

La stathamerie du semestre se creuse la tête, en quête de travaux d’Hercule inédits pour son colosse. Difficile de repenser l’appareillage Statham, dont les moteurs tournent aux mêmes carburants de film en film. Jusqu’ici, seuls Hypertension et Blitz ont su tirer leur épingle du jeu. Le Flingueur et, surtout, Expendables, en revanche, envoyaient au casse-pipe un champion ossifié : face aux vieux loups méditatifs, il n’était qu’un bloc de nerfs sans pensée, bon à distribuer des marrons prédosés, télécommandés, jamais fiévreux.

Quelle ruse, donc, pour rendre sa superbe au karaté virtuose de Statham ? Premier vieux truc : Boaz Yakin, mercenaire au CV en dents de scie (il écrit pour Eastwood, produit Hostel, trempe dans Prince of Persia) humanise la bête en la châtrant. Ancien barbouze vitaminé reconverti en pugiliste au rabais, le cador perd femme et foyer, épinglé par la mafia russe après avoir fait capoter un combat truqué. Clochardisé, il arpente les trottoirs en bonnet crado, seul au monde. Yakin ne lésine pas sur l’altération du chauve sportif, saisi dans sa vulnérabilité : Statham erre, pleure, pue (à genoux devant les mafieux, sa gueule craque après toutes ces années de congestion : une larme perle). On connaît bien le procédé, appliqué à Stallone chez Kotcheff : entamer le portrait du héros en animal blessé, en clochard céleste maltraité par la terre entière – les dérouillées à suivre n’en seront que plus éruptives. Ce sera sans doute une surprise pour certains, mais Statham, plus flexible qu’il n’y paraît, manie le pathos avec adresse, jongle entre crasse et classe, toujours conscient du décalage induit.

Seconde astuce, moins probante : flanquer Statham d’un sidekick détonnant qui fait ressortir sa puissance phallique. Ici, il sauve la mise d’une petite Chinoise, traquée aussi par les Russes et les triades parce qu’elle détient le code d’un coffre-fort dont on n’a pas grand chose à foutre. Si l’enjeu est famélique, la fragilité de la fillette devrait au moins donner à l’épave l’occasion de muer en père tutélaire. Las, la gamine est plus McGuffin que personnage, et le script ne s’en cache pas : à moins de faire du kung-fu, le Chinois des thrillers en bois est toujours une victime vertueuse, distinguée par une cervelle d’exception (la petite possède une mémoire hors-norme). Contrairement à Blitz, où le duo Statham-Considine offrait un contraste impayable, les deux partis co-existent à peine, comme si Yakin malmenait exprès le « montage interdit » de Bazin, juxtaposant les déboires de l’un et de l’autre sans jamais sceller leur union à l’intérieur d’un plan.

Plus fâcheux encore, les méchants aussi fonctionnent comme des formules sur pattes, au service d’un dispositif clichetonneux : Eurasie vs. Statham, coincé dans une guérilla tribale entre Chinois et Russes. L’idée, comme toujours avec les durs de sa trempe, est d’exalter son individualité en le jetant dans une mélasse dont il triomphe, autant en surhomme qu’en dignitaire de l’Occident chrétien. Mais quand les adversaires sont indifférenciés, difficile de prendre au sérieux ces clins d’oeil vaguement idéologiques, qui perpétuent de vieilles traditions sans trop les comprendre. Statham est peut-être condamné à cette double-solitude : celle de ses personnages, et celle de l’acteur-chair à canon, manipulé comme une super-figurine, dont on est loin de maîtriser toutes les fonctions.

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