3
sur 5

La modestie du dernier film de Marion Vernoux tranche avec la prétention grossière de quelques productions françaises récentes. Contre la fiction en sur-régime qui nous submerge chaque semaine, Rien à faire propose un scénario minimum : un homme et une femme, tous les deux mariés, se rencontrent par défaut (de travail) et se lancent dans une histoire d’amour chaotique à l’issue incertaine. La force du film (et sa grande limite aussi) est de s’en tenir, sans tricher, à ces données de base, de ne pas chercher à en décoller d’une manière maligne : ici, pas de Paris ensablé, ni d’humour second degré. On s’attache aux faits et gestes des personnages. Rien de plus. Rien de moins.

La mise en scène qui colle à ce projet quasi naturaliste vise ainsi la discrétion. Pour la longue séquence dans la voiture qui montre le premier vrai échange entre Pierre et Marie-Do, Marion Vernoux utilise un mouvement de caméra très simple, un panoramique qui va alternativement de l’un à l’autre. Ce long aller-retour de la caméra finit par rendre assez justement l’atmosphère double de la scène : d’une part, l’asphyxie de cet échange renforcé par le caractère banal et répétitif des propos ; de l’autre, la libération des deux pendant cette longue prise de parole inédite. Cette soumission de la cinéaste à ses deux personnages, qui la pose en observatrice bienveillante et ne cherche pas à leur faire dire des dialogues trop écrits et trop signifiants, donne un charme certain au film.

Valeria Bruni-Tedeschi y est pour beaucoup. Elle ne joue pas ici sur un registre « hystérisant », mais sur une palette plus fine où la part de bonheur est toujours contrariée par l’aléatoire qui l’a rendue possible. Comme dans la scène où, dans un café PMU de galerie marchande, elle offre un cadeau à Pierre qui, lui, n’a pas pensé à lui en faire un. Dans un premier temps, Marie-Do, grisée par l’ambiance de Noël, commande un Monaco, puis offre son cadeau. Pierre, qui doit rejoindre sa femme, accepte le présent, puis la laisse seule. Le personnage, debout au bar, regarde autour d’elle. Elle finit vite son Monaco. L’actrice joue ce passage d’humeurs avec beaucoup de finesse.
Pourtant, et pour les mêmes raisons, le film de Marion Vernoux ne convainc pas complètement. Ce retrait de la cinéaste finit par faire perdre tout relief et tout enjeu à l’histoire du couple. Les hauts et les bas de Marie-Do semblent n’être pris en charge par personne ; comme si le personnage était abandonné à ses émotions. Le cinéma lui manque alors.

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