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Une tueuse (Mélanie Laurent) doit empoisonner un baryton dans un château en Suisse. Mais sa mission, interceptée par un flic déguisé en guitariste (Cornillac), se transforme en fuite en avant désespérée. Requiem pour une tueuse appartient à une sous catégorie apparue depuis peu dans le paysage du cinéma de genre français : le thriller endimanché, qui se démarque des conventions vestimentaires du terroir, traditionnellement plus sportwear (les héros middle class du trio Luc Besson-Guillaume Canet-Fred Cavayé). Jolies sapes, musique symphonique, obsession du beau et du riche : la coquetterie consiste autant à se la raconter qu’à cacher sa nature franchouillarde sous les apparats d’un cinéma grave et classieux. D’où ce désir d’appartenance forcené qui confine à l’imposture piteuse, cette impression de film déguisé, comme en leurs temps l’estival U.V. de Gilles Paquet-Brenner (en Plein soleil) ou l’automnal Insoupçonnable de Gabriel Le Bomin (en Obsession de De Palma) : plus la citation est grosse, plus l’écart se creuse entre l’allure objective du film et ses grandes espérances.

Ici, c’est rien moins que le smocking d’Hitchcock que le réalisateur Jérôme Le Gris choisit d’endosser. Avec Clovis Cornillac et Tchéky Karyo à la place de Carry Grant, et Mélanie Laurent en blonde glacée, le film évoque surtout Gérard de Villiers. Impitoyable déculottée : non seulement Requiem rate tous ce qu’il tente (érotisme, suspense, romantisme : tout est pathétique), mais il dévoile des images qu’on devine honnies. De thriller classique et racé, le film se voit ainsi débordé par son pendant honteux et cauchemardesque, négatif inversé à l’allure de vaudeville cluedesque fortement nanardeux. Il est d’ailleurs amusant de constater que le récit s’articule autour d’un jeu de dupes qu’aucun des acteurs ne parvient à tenir plus de cinq minutes. A ce titre, l’irruption de Tchéky Karyo en lunettes fumées et chapeau de musico se faisant passer pour un attaché de presse de grands musiciens lyriques, s’apparente à un point de non-retour particulièrement gratiné : le film promettait une mission d’infiltration, il se réduit à une partie de cache-cache carnavalesque et dégénérée. On ne s’en plaindra pas, le ridicule s’avérant un antidote à l’arrogance qui transpire de ce classicisme en bois, mais on a vu meilleur pis-aller.

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