2
sur 5

Evidemment ironique, le titre du nouveau film de Marion Vernoux, après le très beau Rien à faire, fait référence à la journée catastrophique que va vivre une poignée de personnages suivie par la caméra de la cinéaste. Reines d’un jour opte donc pour la forme chorale et passe d’un protagoniste à l’autre à Paris pendant la période des fêtes de Noël. Procédé porté au sommet par Altman (Short cuts) et son brillant suiveur Paul Thomas Anderson (Magnolia), le film choral sert souvent à établir un état des lieux de notre société à partir du rassemblement de cas particuliers révélateurs. L’exercice vaut surtout par la virtuosité de son montage faisant s’alterner en une ronde sans fin de multiples situations et par la pertinence de l’observation sociale qui se dégage de l’ensemble. Avec Reines d’un jour, Marion Vernoux n’apporte hélas rien de plus au genre et se contente d’organiser assez platement des intrigues caricaturales, souvent forcées et trop évidentes de sens.

Malgré un casting des plus intéressants (notamment le come-back cinématographique de Victor Lanoux et les belles interventions de Jane Birkin), Marion Vernoux ne parvient jamais à donner vie à son film. Principal responsable : un scénario poussif dans la lignée d’un cinéma français qui se regarde paresseusement filmer. Reines d’un jour est principalement axé sur quatre personnages : la jeune Marie-Laure (excellente Hélène Fillières) qui accumule les galères et finit sa soirée sur un quai à attendre le premier RER, Hortense (Karine Viard) sexy orthophoniste désespérément à la recherche d’une aventure extra-conjugale, Luis (Sergi Lopez), chauffeur de bus largué par sa femme en plein service et enfin, Maurice (Victor Lanoux), ex-vedette de la télé devenue alcoolique qui attend la visite de son amour de jeunesse dans son appartement HLM miteux. A partir de ce canevas déjà pas très finaud, Marion Vernoux n’aura de cesse de forcer le trait en enfonçant pathétiquement chacun de ses héros dans le mini-drame qu’il est en train de vivre. Condamné à être ridicule (Hortense et le harcèlement téléphonique de son improbable amant) ou à susciter la pitié (Maurice, coincé dans le hall de son immeuble, qui campe avec la petite voisine oubliée par ses parents), les personnages imaginés par la cinéaste ne véhiculent aucune émotion, enfermés qu’ils sont dans un système vaudevillesque des plus artificiels. Reines d’un jour n’est en fin de compte rien de plus qu’une petite comédie pas forcément désagréable à regarder même si très vite oubliée. On attendait plus ambitieux de la part de Marion Vernoux.

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