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2
sur 5

Vous vous êtes mis en tête de faire le remake de l’un de vos 10 films préférés… Ok, c’est sûr, moi je fais quelques arabesques dans ma salle à manger, je me fais trancher la gorge par Tata Helena (bolognaise à l’appui), je prends un accent italien d’outre-tombe pour commenter ses forfaits, j’appelle ça « Sauce-piria »; et ça fait rigoler mes amis un samedi soir bien arrosé… Mais, bon, Gus Van Sant, lui, avec un budget de 25 millions de dollars, il a de quoi se prendre au sérieux… En vérité, je me demande : n’aurait-il pas mieux fait de faire mumuse dans sa propre salle de bains le temps d’un week-end, histoire de nous épargner sa mouture bizarroïde de Psychose 90’s ?! D’abord, on se pose la question : Pourquoi ?… et c’est bien légitime… La version d’Hitchcock était plutôt bien foutue, avec un Anthony Perkins flippant à souhait, une Janet Leigh bien sexy, et la musique d’Hermann qui enrobait le tout d’une belle ambiance névrotique. Bon alors Gus, pourquoi t’as voulu refaire exactement le même film, avec le même temps de tournage, et quasiment plan par plan ?! Je ne suis pas puriste, pas plus qu’hyper attachée à la version originale, mais quand même, il y a des choix esthétiques qui choquent. Prenez Vince Vaughn, par exemple (Swingers, Clay Pigeons, Return to Paradise). Pourquoi donne t-il l’impression de sortir tout droit d’une soirée mousse du Queen, dans son tee-shirt moulant de chez Tapiole Clubbing’s ? De même, pourquoi la merveilleuse Julianne Moore se retrouve t-elle affublée d’une panoplie vestimentaire 80’s (avec son petit casque de walkman autour du cou, reliquat d’une jeunesse rebelle mais branchée et signe qu’aujourd’hui c’est une féministe à qui « on ne la fait pas »… ) ? Pourquoi enfin, le petit ami de Marion (Viggo Mortensen) apparaît-il dans une version musclée de Bobby Ewing résolu à mener son enquête, mais pas franchement avantagé avec un QI avoisinant 4.5 ?… Evidemment, « zeu famousse shower scène » suscite tout autant les commentaires -fleuves, tant elle est surprenante. Attention, dans l’ordre, et en essayant de ne rien oublier : utilisation du son différente, nouveaux cadrages, effets digitaux digne des Visiteurs 2, et cul famélique de Heche, prêt pour une bonne sodo post-mortem… Ajoutez à ça un « zeste » de tueur, dont on se demande vraiment de qui il s’agit, lorsque sa vieille moumoute mal ajustée s’agite sur son mètre quatre-vingt-dix de quaterback schizophrène… et ça y est : on est parti pour un beau massacre d’un morceau d’anthologie cinématographique. Pourtant, d’autres délicatesses concoctées par l’ami Gus laissent plus mitigé. Vous vous souvenez peut être d’Arbogast, le détective engagé par le patron de Marion (originalement Martin Balsam, maintenant ressuscité sous les traits de William H. Macy -le mari dans Fargo)… on a ici droit à quelques flashes MTVesques de ce qui lui traverse le borsalino, au moment où celui-ci éprouve quelques difficultés à redescendre l’escalier de la maison Bates : un chien errant et une femme (?) moulée dans une combi-cuir facon SM sophistiqué… Enfin, le climax de la controverse revient de droit à la scène où Marion se fait mater à travers un trou dans la cloison séparant sa chambre de la loge de Norman, puisque ce dernier n’hésite pas à se taper une queue bien méritée, histoire de se remettre de l’émotion du spectacle. Dès lors, on se demande : que reste-t-il pour faire jaillir Ms. Bates de son fauteuil à bascule, puisqu’en quelque sorte, le désir coupable est déjà assouvi ?! Mais ne vous inquiétez pas : si les désordres émotionnels de Norman vous plongent dans la perplexité, une « petite » lecon de psycho aussi subtile qu’une édition d’ Oprah est aménagée à la fin du film. Hitchcock avait déjà prévu une scène similaire, mais c’était les sixties et Oedipe n’avait pas les fan-clubs qu’on lui connaît maintenant. Bref, les admirateurs de Blade vont bailler à mort (mais on s’en fout), et les fans d’Hitchcock vont crier au sacrilège toutes les trois secondes… Quant à moi qui y avait cru avec My own Private Idaho et Drugstore Cowboy (et qui avait eu un peu plus de mal avec Even Cowgirls get the blues et To die for), c’est maintenant pleine de perplexité que je vous invite à (re)passer sous la douche ; en pensant qu’il vaut mieux y aller dans l’esprit d’un taxidermiste, que dans celui du dénicheur d’oiseaux rares…