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3
sur 5

Attention, ce délire nippon peut soit vous faire rire aux larmes, soit vous ennuyer à pleurer. Question humour, ici, la subjectivité entre en compte. Honnêtement, avouons que nous avons été plutôt séduit par l’énergique réalisation de Sabu.
Sawaki est facteur à Tokyo, et sa vie lui semble désespérément routinière. Mais c’est sans compter sur l’invraisemblable aventure dont il va être le héros, et aussi la victime. A la suite d’une rencontre avec un ancien copain de classe, devenu yakusa, Sawaki se trouve embarqué dans un imbroglio incroyable. Il sera suspecté par la police d’être tour à tour un dealer, un yakusa et au final un serial killer. Le dispositif de départ est particulièrement cocasse, grâce au contraste établi entre l’innocence frisant la naïveté du jeune facteur et les soupçons surdimensionnés de la police. En fait, dans Postman Blues, tout le monde en prend pour son grade : les yakusas, la police, et même la figure mythique du tueur à gages. Cette volonté de briser les clichés est assez jubilatoire dans son exagération. L’humour est habilement (ou lourdement, c’est selon) créé par un montage alterné efficace. Dans sa dernière partie, le film décolle complètement de la réalité vers le rythme d’un délire effréné. En prime, une scène de poursuite à vélo vraiment désopilante.

Cet humour quasi-mangaesque n’empêche pas une certaine poésie : en pleine action, Sawaki tombe amoureux d’une jeune fille atteinte d’un cancer. Si les scènes de romance entre les deux personnages tombent parfois dans un mélo « carte postale » comme seuls les japonais savent le faire (Sawaki et Kyoko se promènent, Sawaki et Kyoko rient ensemble, Sawaki et Kyoko s’offrent un cadeau, etc.), parfois l’émotion aussi est au rendez-vous. A l’image de la très belle scène finale, particulièrement bien filmée. Une fin surréaliste dans laquelle le salut des héros n’a d’autre issue que l’errance fantomatique.
Malgré l’aisance déployée par Sabu dans sa mise en scène, le film ne dépasse pas assez souvent le niveau du gag. Hélas, il y avait là une possibilité de jouer avec un second degré efficace. Souhaitons qu’à l’avenir ce jeune réalisateur tire des leçons de son aîné, Takeshi Kitano, avec qui il est encore loin de tenir la comparaison.