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Ce n’est pas une blague, Europa Corp., l’usine à films de Besson, se lance dans le cinéma d’art et essai. Pas question toutefois de renier les grands principes du père fondateur : puisqu’un film n’est qu’un « objet gentil », c’est un gentil acteur, Vincent Perez, qui se voit propulser auteur maison. Très logiquement, Peau d’ange est un film tout ce qu’il y a de plus gentil. Et même, à bien considérer le préambule (une petite fille, Angèle, court dans les champs, un oiseau se pose sur ses épaules, lui dessinant des ailes… d’ange), un film très très gentil. Les âmes y sont belles, on y meurt en odeur de sainteté.

Pourtant, tout commence mal, dans une ambiance Cosette. Le papa d’Angèle est criblé de dettes et, pour sauver sa ferme de la banqueroute, place sa fille comme bonne chez des notables du coin. Elle y coule des jours plus ou moins heureux entre une châtelaine plus bête que méchante et Josiane, une collègue de travail et néanmoins amie. Celle-ci encourage Angèle à se lancer dans le showbiz, éblouie de voir sa camarade de chambre chantonner vaguement du Bashung. Lorsqu’un certain Grégoire Berthelot débarque à Cholet pour enterrer sa mère et déclare à Josiane qu’il est manager (à Angers), on s’attend à une success story champêtre carabinée. Or il n’en est rien (Greg n’est pas manager). Pas plus que la nuit d’amour d’Angèle et Grégoire (en fait, un dépucelage un rien brutal) ne préfigure une folle passion entre un gars de la ville et une soubrette en pays choletais. Grégoire s’en va et Angèle, galvanisée par cette première expérience, prend son baluchon et parcourt les routes de France. Son chemin de béatification peut commencer.

Peu à peu, Peau d’ange justifie son titre, à mesure que son petit système d’une confondante naïveté se met en place. En trottinant après Grégoire, la pauvre Angèle, personnage digne de la Comtesse de Ségur, court au devant de son malheur. Dépossédée de sa valise où elle avait réuni péniblement ses maigres biens, jetée en prison comme un vulgaire sac, elle a toutes les peines du monde à assouvir sa passion pour les fleurs et les potagers. Mais une vision pleine d’espoir ravive le cœur meurtri de notre héroïne : un moineau s’envole par-dessus les barbelés de la prison. Traduction : Angèle est une sainte et n’a rien à faire parmi le monde des hommes, Grégoire l’apprendra à ses frais. Naturellement, elle termine son itinéraire christique dans une communauté de bonnes sœurs joviales dont le potager, confié à ses mains expertes, adoucira le sort de ses ex-camarades de détention. La mort viendra cueillir cette fleur pas encore épanouie, mais toujours pure malgré son dépucelage en Anjou. Paix à son âme. Même si Vincent Perez filme avec application les mains plongées dans la terre nourricière et les oiseaux virevoltant dans le ciel d’azur, même si Guillaume Depardieu est un acteur sacrément tourmenté, rien n’y fait : ce film là est gentil.

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