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4
sur 5

Andreia, Pedro et Ricardo sont, comme beaucoup d’autres enfants de leur milieu, des mutants. Le milieu d’extrême pauvreté dans lequel ils vivent depuis toujours a eu une répercussion énorme sur leur mentalité, leurs sentiments, ce qui les rend considérablement différents des enfants de leur âge… Sans aucun point de repère (ou peut-être un ou deux extrêmement vagues pour certains), ils errent chacun de leur coté, se rencontrant parfois, pour ensuite se séparer puis se rencontrer à nouveau… Ils n’ont pas d’histoires précises, ou plutôt, leurs histoires sont incertaines. Elles se construisent petit à petit, sous les yeux d’un spectateur/témoin encaissant les coups en même temps que ces personnages.
En prenant un recul considérable -sans avoir pensé au spectateur en réalisant son film, comme elle nous l’a dit-, la réalisatrice Teresa Villaverde réussit à s’effacer discrètement derrière ses personnages, comme pour nous laisser seuls avec eux. Seuls pour partager un quotidien aussi immonde que véritable, et surtout très proche du nôtre…

Os mutantes est un film qui n’hésite pas à faire durer les plans, non pas pour faire ressentir complètement les sentiments des protagonistes (ce qui aurait été peine perdue), mais au moins pour nous en donner un aperçu. Le dérangement que l’on peut éprouver face à une jeune fille accouchant seule dans les toilettes d’une station service dure ici assez longtemps pour nous faire éprouver une réelle douleur -tellement usante qu’elle nous amène, à la fin de cette séquence, dans un état d’épuisement total renvoyant à celui du personnage… Les agressions physiques soudaines et survenant à plusieurs reprises sur les deux jeunes garçons sont aussi surprenantes pour eux que pour nous, et les brutalités insistantes qui leur sont régulièrement infligées n’en deviennent alors que plus pénibles. Le fait que celles-ci soient récurrentes dans le film nous permet peut-être de les supporter encore et encore, mais sûrement pas de nous y habituer…

Mais au-delà de sa violence, Os mutantes trouble par ses personnages qui ne sont pas -et n’ont jamais été- des enfants. Vivre avec eux le temps de ce film paraît une éternité. Et l’intensité qui se dégage par la suite de cette expérience reste assez insoutenable.