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sur 5

Nouvelle production du Studio Ghibli (fondé dans les années 80 par Miyazaki et Takahata), Mes voisins les Yamada est à l’opposé de l’esthétique de l’anime nippon. Fait significatif, ce film vient dans la chronologie du studio juste après Princesse Mononoke, chef-d’œuvre de Miyazaki qui portait l’anime à un point de sophistication plastique apparemment indépassable. Mes voisins les Yamada, avec son graphisme naïf, proche du croquis, semble chercher une alternative à ce grand modèle.

Takahata, auteur d’une œuvre abondante pour le cinéma et la télévision (on ne connaît de lui que le très sombre Tombeau des lucioles, mais ses premières réalisations datent des années 60), a choisi les personnages d’une BD populaire nippone pour en faire les héros de son film. Les Yamada sont une famille de la petite bourgeoisie japonaise, vivant dans le quartier résidentiel d’une ville de province : Takashi, le chef de famille, sa femme Matsuko, la grand-mère Shige (mère de Matsuko), Noboru, un adolescent en pleine puberté, et sa petite sœur Nonoko. Découpé par thèmes en séquences plus ou moins longues, le film de Takahata imite la construction de la BD, et nous fait partager le quotidien des Yamada, évoquant la douceur et les petits tracas de la vie de famille. Souvent drôles, croquant avec justesse les petites faiblesses de chacun, ces saynètes sont racontées dans un style simple et dépouillé, à l’image du tracé minimaliste qui forme les personnages.

Cette construction a ses défauts : les morceaux sont inévitablement inégaux et l’ensemble manque parfois de rythme. Mais il faut rendre honneur à l’effort du film pour couvrir une très large gamme de sentiments. Même si les personnages sont à vocation comique (sans que le film verse toutefois dans la satire), le personnage de Takashi est montré comme un quadragénaire mélancolique, qui peine à communiquer avec sa famille, et dont on partage les regrets et les impuissances. Takahata a eu l’idée d’agrémenter plusieurs de ces histoires des haïkus de Bashô et Buson, deux poètes classiques. Ces courts poèmes -constitués de trois vers et d’une seule phrase- agissent comme autant de commentaires venant ponctuer certaines images d’une note contemplative. La chronique familiale -dans laquelle le spectateur occidental n’aura pas de mal à trouver ses repères- est ainsi prétexte à une évocation poétique du passage du temps, à la fois optimiste et lucide. Chaleureux et familier par sa drôlerie et son sens de l’observation, Mes voisins les Yamada jette pourtant volontiers le voile sur le bonheur familial, et dépayse moins par son humour que par une surprenante tonalité élégiaque.

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