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Yumiko et son mari Ikuo vivent le parfait amour et viennent d’avoir un enfant. Un jour, Ikuo se fout sous un train. Yumiko se remarie avec un homme sympa, mais c’est tout de même dur d’oublier Ikuo… Fin de Maborosi. Autant vous dire qu’entre les quelques faits qui viennent d’être énumérés, il n’y a rien. Sous couvert de partis pris esthétiques épurés et d’une mise en scène austère et silencieuse, Kore-Eda étire son micro-scénario comme un vieux chewing-gum, au nom d’une prétendue tension psychologique qu’il n’arrive pas à instaurer. Certes, la qualité d’un film n’est en rien relative à la complexité de son postulat de départ, à condition toutefois que la simplicité ne soit qu’apparente, et recèle d’inattendues subtilités. Pour sûr, Maborosi ne recèle rien, ou plutôt rien d’autre que ce qu’il prétend ouvertement traiter, et qu’il traite en effet, avec toute la maladresse d’un film « à thématique », en l’occurrence celle de la vie et la mort. Vaste problème, donc. Comment mettre en images cette idée simple et pourtant terrifiante, plus ou moins à l’origine de toute création artistique, de l’interpénétration de l’existence et du néant ? « Mais, très simplement… » nous répond Kore-Eda : par de longs plans fixes sous-exposés et par l’utilisation métaphorique des clairs-obscurs. Car enfin, comment traduire la mort autrement ? Enfin, reste à choisir des acteurs tristes et muets, et à les poser face à la mer. Comme ça, on prend conscience de notre condition, et on pense à la mort.. Pourtant, notre cher réalisateur, un brin paternaliste, nous interdit de désespérer, et n’hésite pas à faire tinter la cloche de l’espoir à la fin de son film, qui se clôt sur ces deux répliques : « Il fait beau aujourd’hui / Oui, très beau ». La vie continue. Et le spectateur est ému. Certains, visiblement bouleversés, se sont pourtant mis d’accord pour dire que Maborosi, c’était très bien, mais un peu trop lent . A quoi je réponds qu’un film lent, ça n’existe pas : il n’y a que de bons ou de mauvais films.