4
sur 5

Après le catastrophique American psycho de Mary Harron (2000) -infâme aseptisation du livre de Bret Easton Ellis-, c’est au tour d’un autre roman de l’écrivain américain culte d’être porté à l’écran. Cette fois, c’est Roger Avary qui s’y colle. Personnalité à part dans le monde du cinéma indépendant américain, Avary a mis en tout neuf ans pour revenir au cinéma après un premier long métrage remarqué par la critique française, Killing Zoé (1994), avec Jean-Hughes Anglade et Julie Delpy. Plus qu’un faiseur de studio, l’oeuvre d’Ellis nécessitait avant tout de rencontrer un cinéaste avec assez de caractère et possédant lui-même une certaine dose d’excentricité pour ne pas se laisser déborder par une matière littéraire particulièrement dense. Contrairement à Mary Harron qui simplifiait à l’extrême American psycho en substituant à la scansion presque anarchique du livre une logique linéaire naïve, Roger Avary tente avec bonheur de trouver un équivalent visuel à la prose d’Ellis.

Récit éclaté des années estudiantines de trois jeunes adultes, Sean Bateman, Paul Denton, et Lauren Hynde (personnages récurrents dans l’oeuvre d’Ellis), Les Lois de l’attraction pourrait être la face cachée du teen-movie, une version sombre animée par des anti-héros cyniques. C’est d’ailleurs cet aspect de l’histoire qu’a choisi de mettre en valeur Avary. Filmés comme des vampires condamnés à errer « à côté » de leurs concitoyens, les protagonistes des Lois de l’attraction portent un regard ennuyé sur le monde qui les entoure fait de fêtes ininterrompues, véritable royaume de la défonce et de la baise à go-go. Du coup, ce qui pimente d’ordinaire la majeure partie des fictions adolescentes -les marges initiatiques et ce qui s’y joue- se transforme à force de répétition en de monotones rituels sociaux . Pour passer de l’un à l’autre de ses personnages, Roger Avary opte pour une narration tripartite qu’il manie selon un montage décousu. Surtout, le cinéaste travaille le livre d’Ellis à partir de ses implications sur le concept de temporalité. L’utilisation principale d’accélérés et de ralentis confère alors au récit une rythmique fondée sur le déjà-vu et le cliché particulièrement adaptée aux Lois de l’attraction. C’est cette audace stylistique qui fait toute la valeur du film d’Avary dont le grand mérite consiste à avoir su imposer une relecture personnelle -mais finalement très proche- du livre de Bret Easton Ellis.

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