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sur 5

Portrait d’un serial killer, Les Heures du jour se pose en chronique objective. D’un crime à l’autre, où plutôt d’une scène à l’autre, on suit Abel, trentenaire banlieusard plus banal que normal dans son programme quotidien : petit déjeuner avec sa mère, gestion d’une boutique de prêt à porter, vie sociale avec petite amie et meilleur copain. De temps en temps, Abel étrangle une taxi-girl ou se paie un pépé dans une gare déserte. Pourquoi, on ne saura jamais vraiment. Défouloir, amusement, on s’en doute. Ainsi va le film.

Cette recherche bornée de distanciation rappelle deux mouvances à la mode. Le docu-fiction dégraissé d’explication (Elephant et autres), et le film-cobaye où le cinéaste se pose en grand entomologiste du monde (Haneke et ses récentes dissertations sociologisantes). La caméra toujours entre deux chaises, Les Heures du jour n’arrive pas à choisir. Là où Gus Van Sant fascine par sa volonté de mettre en scène le mystère, Jaime Rosales ennuie par son nihilisme. Avec lui, tout développement devient parti-pris, donc échec cuisant. Rester clinique revient à tout éviter, notamment le cinéma : mouvements de caméra, effets de montage, musique, suspense sont rayés du cahier des charges. Restent les acteurs, les plans fixes, les décors naturels. On l’aura bien compris, le film ne souhaite en rien s’apparenter au thriller, genre sûrement douteux, honteux, trop facile.

Si l’histoire ne dévoile rien d’Abel, la mise en scène dira tout. La boutique déserte, l’ennui latent d’Abel, l’immeuble désertique d’une ville nouvelle aseptisée en construction, les disputes, les tensions, autant d’éléments qui, privés de cinéma, parlent beaucoup trop. C’est là qu’Haneke débarque insidieusement, avec ses dissertations de bar PMU sur la monstruosité humaine. Bon sang, on a tout compris, la société de consommation, la morosité des classes moyennes, la médiocrité architecturale de leurs cadres de vie, sont les seuls responsables. Le moindre remous du film vire à la théorisation poujado, la moindre image, le moindre cadrage en métaphore sur-signifiante. Echec total, où les haillons de cinéma subsistant à cette Berezina d’une naïveté présitcomienne restent les acteurs, dont l’excellent Alex Brendemühl en personnage-témoin de son temps principal. Pour paraphraser le cinéma de Rosales, soyons simple, épuré et objectif : le film est nul, mais les acteurs sont bons.

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