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sur 5

Malgré ses 30 ans, Gaël Morel est resté un ado. Depuis A toute vitesse, premier opus à la naïveté cathartique, Morel accompagne ses héros juvéniles dans leurs élans sentimentaux, leurs pulsions auto-destructrices, leur malaise social. La caméra, affolée à force d’empathie, n’est pas en reste : au cœur de ces fictions au-delà du romanesque, ce ne sont que travellings aux hormones, mouvements fougueux, circonvolutions caressantes… pour un résultat, disons, assez vain. Beaucoup de bruit et de fureur, pas mal de fumisterie pseudo-poétique, peu de cinéma. Mais avec Les Chemins de l’Oued, son troisième film, le réalisateur semble avoir digéré son trop plein de frénésie pubère et livre une œuvre plus mature et réfléchie, bien que toujours centrée sur une figure adolescente. Ce personnage, c’est Samy (Nicolas Cazalé), jeune homme qui, à la suite d’un mystérieux délit, se rend en Algérie, chez son grand-père, dans l’espoir d’échapper à la justice française. Pourtant, dans ce pays dont il ne parle pas la langue, près de cette famille si loin de ses préoccupations, Samy va se sentir plus que jamais perdu. Seul réconfort : la présence de sa cousine Nadia (Amira Casar, impeccable) qui, enceinte d’un terroriste, tente d’aider Samy à démêler l’écheveau de sa destinée.

Morel s’engage sur tous les fronts thématiques : chaos de la société algérienne, héros tiraillé entre deux cultures, rêves brisés du patriarche… Et il le fait plutôt bien, à l’aide de plans très composés, d’obédience téchinienne (période Les Innocents), avec mouton égorgé sur fond de paysages lumineux, vieillard qui s’accroche à sa terre tant aimée, sang, soleil, mer, ce genre de choses. Mais davantage que ces plans limite précieux, plus encore que les savants entrelacs d’un récit parfaitement maîtrisé, ce que l’on retient des Chemins de l’Oued, c’est un corps. Celui de Nicolas Cazalé, filmé sous toutes les coutures et dans tous ses états, en petit short à la plage, puis en sueur et en sang, se masturbant derrière la moustiquaire, le visage magnifié si possible. Morel n’a d’yeux que pour lui, la caméra s’émeut de son moindre mouvement, le reste est sans conséquence, seule compte la beauté de ces traits, la vérité de ces expressions, l’émotion de ce paysage purement figuratif. Derrière l’objectif, c’est peut-être une histoire d’amour qui se joue. Et Les Chemins de l’Oued d’énoncer finalement un programme simple, élémentaire mais essentiel : un film = un corps. L’équation nous convient.

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