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2
sur 5

Après s’être attaqué à Proust avec Le Temps retrouvé, Raoul Ruiz aborde avec Les Ames fortes un autre morceau de choix de la littérature française en adaptant à l’écran le roman homonyme de Jean Giono. Une tentative peu fructueuse au regard du manque d’originalité de la mise en scène qui peine à donner vie à ce projet ambitieux.

Fondé sur un scénario écrit à quatre (A.Astruc, M.Hooper, A.Madjani d’Inguimbert, E.Neuhoff) auquel n’a pas participé Ruiz, Les Ames fortes ressemble fort à une œuvre de commande dans laquelle le cinéaste n’intervient que vers la fin, pour mettre en images. Le but du jeu est alors de parvenir à introduire sa touche personnelle dans le processus de création. Vraissemblablement peu inspiré par l’œuvre de Giono dont il n’aura retenu que l’amour des paysages provençaux, Ruiz nous offre un film plutôt lisse duquel ne ressort aucune tension; un comble pour cette histoire basée sur l’ambiguïté des personnages et des relations que ceux-ci nouent entre eux. Thérèse, incarnée assez maladroitement par la Casta, est une jeune femme décidée qui prend peu à peu conscience du pouvoir que sa beauté lui permet d’avoir sur les autres. En s’enfuyant de la campagne avec son fiancé Firmin, elle s’installe en ville où elle fait la connaissance de Mme de Numance, l’élégante bienfaitrice du bourg. Malgré quelques beaux moments au cours desquels Ruiz tente des mouvements de caméra assez audacieux (les deux rencontres entre Mme de Numance et Thérèse filmées sur le mode lyrique), les enjeux psychologiques à l’œuvre dans le roman de Giono sont plutôt édulcorés par la réalisation du cinéaste chilien. De facture assez classique, Les Ames fortes garde une étrange distance avec ses protagonistes presque réduits à l’état d’archétypes. Une sensation accentuée par le recours excessif à la voix off qui semble éclaircir ce que la caméra ne parvient pas à nous faire ressentir.

Trop fidèle à un scénario calibré au plus précis, Raoul Ruiz ne crée aucun mystère autour de son héroïne et de sa fascination pour Mme de Numance. On ne saura donc pas grand chose au final sur la nature d’une « âme morte »…