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sur 5

L’assommant Madadayo (l’ultime Kurosawa) n’aura donc pas déçu tout le monde. Visiblement très inspiré par cette œuvre testamentaire, Kaneto Shindo s’est empressé de signer à son tour un « film de vieux ». C’est chose faite, ça s’appelle Le Testament du soir, et ça a toutes les couleurs du plus mauvais film de Kurosawa : même idéalisation de la vieillesse, même optimisme béat devant la mort (qui, passé un certain âge, se doit d’être douce), etc. Dans ce film, la figure de la vieillesse ensoleillée a pour nom Haruko Sugimura : Le Testament du soir est construit sous forme d’hommage à cette vieille actrice Japonaise, qui interprète son propre rôle de comédienne sur le déclin, venue réinvestir les lieux de sa jeunesse avec d’anciens amis. Le scénario a quelque chose de niais, d’involontairement sénile… Durant prés de deux heures, Kaneto Shindo confronte sa bande de petits vieux à tous les thèmes universels de la vie : bonheur, peines, vieillesse, nostalgie, amour (sexuel, puis spirituel), et bien évidemment peur de la mort, grâce à la déplorable entrée d’un truand en cavale, qui braque nos gentils grabataires (rien de grave cependant, car ces derniers restent stoïques face au danger, et désarment leur agresseur). Oui, Le Testament du soir est un hymne bien naïf au crépuscule de la vie, et voudrait nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Non, un vieux n’est pas forcément une mine de courage, d’expérience et de sagesse (sachons affronter la décrépitude en face !). Non content de faire grimper la vieillesse sur un piédestal, Kaneto Shindo cherche aussi à honorer les morts : son film, mal cadré, monté de manière plutôt hétérogène, rend en fait hommage aux styles variés de ses grands maîtres (le trio Mizoguchi-Ozu-Kurosawa), à travers de nombreux clins d’œil à des films comme Les 7 Samouraïs, Miss Oyu, et Voyage à Tokyo (film d’ailleurs nettement plus lucide sur la condition des personnes âgées). Kaneto Shindo, réalisateur du splendide L’Ile nue, est aujourd’hui âgé de 86 ans. Au sortir de ce film, dont la fin se veut optimiste (la vieille, après hésitation, jette à l’eau la pierre qu’elle comptait conserver dans sa tombe), on frissonne : le talent vieillit bien mal.