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3
sur 5

Voici la deuxième fiction réalisée par l’acteur Robert Duvall (Le Parrain, Apocalypse Now…), 15 ans après Angelo my love. Duvall a réussi le pari audacieux d’être l’homme à tout faire de ce film : producteur, réalisateur, scénariste et bien sûr interprète principal. C’est l’œuvre d’un artiste vieillissant, qui pousse un souffle bonifiant, longuement mûri. Le travail d’un homme qui, peut-être, par cette entreprise autogérée, aspire à son accomplissement. Le sujet même du film peut orienter sa lecture sous l’angle de la rédemption.

Robert Duvall interprète le rôle de Sonny, un prédicateur Evangéliste original possédant sa manière très personnelle de prêcher. Il est cependant toujours tiraillé entre amour et violence et, lorsque sa femme Jessie (Farrah Fawcett, l’ex-Drôle de dame) s’éprend d’un autre, il réagit en passionné et tue dans un stade de base-ball son adversaire. De là, la fuite s’impose, et de l’errance à l’arrestation, Sonny tend à sa propre rédemption lorsqu’il fonde son église dans un petit village nommé Bayou Bouté. Il est « l’apôtre » qui fait revivre l’Eglise, la foi, le pardon…

Ce qui surprend agréablement, c’est l’ambiguïté du rôle de Duvall. On attend d’un prêcheur cette émanation stéréotypée de sagesse, de calme… Mais il n’en est rien. Sonny est un prédicateur à la sauce moderne, très Blues Brothers et révélateur d’une croyance entre deux chaises : entre l’héritage Evangélistique et les passions d’un homme moderne. D’un homme qui aime, parfois trop vite, parfois trop fort. Alors on craint ses excès de violence, ses précipitations amoureuses toujours dérangeantes. Mais, malgré tout, le bon existe aussi, et c’est de ceci dont nous parle Duvall : de l’homme avant tout. Avant d’être meurtrier, avant d’être prédicateur, Sonny est tout simplement un homme qui s’abandonne à celles et ceux qu’il aime.

Même si quelque fois on tombe dans des clichés pas très fins, on est heureux de renouer avec l’idée du bien au cinéma. Et lorsqu’on croit que le film prend une certaine tournure immorale, que le crime ne sera pas puni, les démons de Dostoïevski reviennent, et le châtiment aussi.