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sur 5

Comme ont pu le remarquer ceux qui s’intéressent de près au cinéma iranien, il s’agit encore une fois dans Le Père d’une histoire dont le héros est un jeune garçon, à l’instar du Passager de Kiarostami ou du magnifique Danse de la poussière d’Abolfzal Jalili (dont nous vous reparlerons à sa sortie, prévue pour le 10 mars). Cette figure récurrente de l’enfant ou pré adolescent est significative du cinéma iranien : les jeunes héros sont souvent glorifiés, et s’acquittent souvent d’actes de bravoure, confinant l’adulte au rôle du lâche, de l’incompétent, et parfois du veule. Ici le jeune Mehrolah souffre de la culpabilité d’avoir en partie provoqué l’accident de moto qui a coûté la vie à son père. Pourvoir aux besoins de sa famille est un moyen pour lui de payer sa « dette ». Mais voilà qu’en rentrant au village il apprend que sa mère s’est remariée à un gendarme qui s’occupe désormais de tout. Entre le beau-père et Mehrolah s’engage alors une lutte de pouvoir qui trouve sa résolution dans la superbe séquence du désert. Si le film est un peu long à se mettre en place, tant la simplicité des plans frôle parfois l’insignifiant, il n’en reste pas moins que le style de Majidi est d’une grande pureté, faisant jaillir l’émotion là où on s’y attend le moins, en s’écartant de la voie facile du mélodrame familial.

Enfin, dans la deuxième partie, Le Père prend une ampleur qui va de pair avec l’immensité immaculée du désert. Par de longs plans et la rareté des dialogues, le film décolle du sol terrestre où il est ensablé pour défier les hauteurs métaphysiques d’un monde spirituel. Il est intéressant de remarquer dans cette séquence du désert, qu’encore une fois c’est le garçon qui secourt l’adulte, celui-ci craquant mentalement et physiquement. Dans un acte héroïque, Mehrolah sauve la vie de son beau-père. Tout se passe comme si, dans le cinéma iranien, l’enfant était auréolé d’innombrables qualités, dont la pureté, qu’il perdrait malheureusement en grandissant. Mais plus en amont, on peut se demander si cette attention accordée au monde de l’enfance n’est pas l’arbre qui cache la forêt de la censure iranienne ; celle qui continue d’interdire de montrer un homme et une femme se touchant à l’écran. N’est-ce pas dans cette impossibilité de raconter une histoire d’amour (charnelle) entre deux adultes, qu’il faut voir la raison de l’intérêt des cinéastes iraniens pour l’enfant ? Le cinéma d’Iran, exemple frappant d’intervention de l’État par l’entremise de la censure, ne peut que nous faire admirer d’avantage les réalisateurs comme Majidi qui ont su « travailler » cette contrainte, la détourner dans un sens positif pour continuer malgré tout à créer de belles œuvres.

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