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Nous sommes dans les années soixante. Une vingtaine de familles venues d’El Ouricia, en Algérie, se retrouvent dans un bidonville de la région lyonnaise (le chaâba). Fuyant la guerre ou la pauvreté, arrivées pour servir comme main d’œuvre sur les chantiers de construction (la France a alors besoin de bras), ces familles vivent dans une misère innommable, partagent leurs taudis avec les rats et se sentent moins que rien, malgré leurs espoirs et leurs fantasmes.C’est là pourtant que naîtront leurs enfants : une partie de la première génération des gosses français issus de l’immigration algérienne. Et c’est là que vit le petit Omar, neuf ans, avec qui nous allons tenter de comprendre ce pan oublié de l’histoire de France. Son père est chef du chaâba : il rêve d’une meilleure vie pour ses enfants. Il voudrait qu’ils incarnent sa revanche contre ce pays qui l’épuise à longueur de journée, sans dire merci. Il les encourage à apprendre à l’école, à être meilleur que l’Autre (le supposé bon français).Adapté d’un roman autobiographique d’Azouz Begag, l’histoire de ce film essaye de raconter la naissance des premiers déchirements identitaires à travers un regard d’enfant. Est-on arabe, algérien ou français? Omar, merveilleusement interprété par Bouzid Negnoug (mention spéciale/un acteur est né !), s’interroge sans fin. Et douloureusement. C’était bien avant le béton froid des cités HLM… C’était bien avant la surmédiatisation du phénomène des banlieues.Primé aux festivals d’Amiens, de Sarlat et de Bastia, ce premier long métrage de Christophe Ruggia, servi par une belle lumière, a le mérite de ne jamais tomber dans la caricature sur un sujet qui n’est pas aussi évident que ça. Il ne cherche pas à forcer les larmes du spectateur (aucune lourdeur dans la dramatisation du sujet, les enfants s’en tirent cependant mieux que les adultes). Il apporte juste des éléments de réponses à ceux qui ont la mémoire courte dans le passionnel débat ouvert sur l’immigration bonne ou mauvaise en France.

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