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4
sur 5

Il y a Hark, le producteur d’Histoire de Fantôme Chinois ou des films qui révélèrent J. Woo. Un pôle incontournable du cinéma Hong-Kongois, une locomotive à décollage vertical qui, depuis 10 ans, tire vers le haut toute la production locale.
Et puis il y a Tsui, un réalisateur de chefs d’œuvre qui, en l’espace de 20 ans, s’est frotté grosso modo à tous les genres, un auteur à la griffe pénétrante, indélébile et inimitable. Le Festin Chinois est une de ses dernières œuvres (1995) et sa distribution sur notre territoire reste un mystère des plus sibyllins. Ses distributeurs auront peut-être jugé que la France, terre gastronome s’il en est, saurait se montrer réceptive à cet hymne culinaire que constitue Le Festin Chinois.

Enclavé dans la filmo de Tsui Hark entre les deux tragédies The Lovers et The Blade, Le Festin Chinois pourrait passer pour un film récréatif. Une récréativité que ne viendra démentir ni le burlesque permanent, ni le générique final bon enfant et bon vivant. Mais l’entrain et la décontraction qui régnait sur le tournage se sont fantastiquement imprimés sur la pellicule. Et ce qu’on aurait vite fait de cataloguer comme un film à la bonne franquette se trouve magnifié par la grâce filmique qui exhale de l’ensemble.

Le Festin Qin Han n’a été préparé que deux fois dans toute la tradition chinoise. C’est un festin impérial qui réclame toute la dextérité, l’expérience et le raffinement des plus grands chefs. Un obscur chef mafio-industriel défie à cet exercice un vieux restaurateur réputé. L’enjeu : le resto contre 50 millions. Le second accepte, poussé par ses employés qui l’abandonnent aussitôt après. Une attaque cardiaque plus tard et son destin tombe entre les mains de sa fille néo-punk et du neveu marginal d’un important prêteur sur gages qui cherche à se reconvertir cuisto.

Chaque plat donne lieu à une chorégraphie préparatoire quasi-martiale. Car cuisiner revient ici à s’affronter ; un duel où chacun use de son art et d’ancestrales techniques pour terrasser son adversaire. Hark donne au Cinémascope ses lettres de noblesse gastronomiques et l’utilisation d’une lentille spécifique donne sensiblement à l’image la rondeur d’un récipient culinaire. Truculent, croustillant et succulent.