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Dans une interview accordée en 1984, Primo Levi raconte son retour, vingt ans auparavant, à Auschwitz, pour une cérémonie commémorative polonaise : « Trop de bavardages, pas assez de recueillement, trop de mise en scène… ». Tout est dit… Il faut attendre le générique de fin pour voir s’afficher le nom de Francesco Rosi, réalisateur de ce film détestable et honteux, dont on sait -hélas !-, de quelles meilleures intentions il est né. Ce n’est pas que l’envie d’accabler Rosi nous réjouisse particulièrement : Salvatore Giuliano, Main basse sur la ville, L’affaire Mattei, Cadavres exquis… autant de jalons mémorables d’une filmographie moins prolifique, il est vrai, ces quinze dernières années –La trêve aurait pu être le retour en force d’un grand cinéaste politique.

Encore que… Beaucoup sont convaincus, en effet, que le projet même de porter à l’écran l’indicible et l’inimaginable relève de l’impossible. Spielberg, il y a quatre ans, releva pourtant courageusement le gant, et Schindler, quoi qu’on en dise, prenait vraiment aux tripes. En voulant adapter pour le cinéma le livre fondamental de Primo Levi sur son retour d’Auschwitz, Rosi s’attelait à un défi d’une toute autre envergure. Et c’est peu de dire que son film passe à côté du sujet : pompier, bruyant, démonstratif et grotesque… le pire qui pouvait arriver s’est produit. Comment un cinéaste aussi respectable a-t-il pu se livrer à pareille supercherie ? Rosi trahit Levi, dans une sorte de road movie d’après holocauste absolument scandaleux. Restons-en là, pour ne pas accabler, non plus, le pauvre John Turturro et ses compagnons d’infortune ; mais, dans le contexte que l’on sait, ce film tombe on ne peut plus mal. Plus de cinquante ans après l’horreur, la preuve du témoignage par la fiction reste encore à faire, le moindre paradoxe n’étant pas que seul le cinéma hollywoodien y sera, à ce jour, le moins mal parvenu.

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