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sur 5

Musa retrace la résistance héroïque d’une poignée de guerriers coréens au XIVe siècle. Fresque médiévale grandiloquente, Musa ressemble à un produit boursouflé, presque informe, perdu entre romantisme un peu toc (la princesse du désert et tout le folklore faussement féministe du film) et discours patriotique exacerbé. Le film a fait un carton dans son pays, pour des raisons assez évidentes : un côté très branché (une profusion d’effets visuels, de ralentis et d’accélérés) auquel s’adjoint un nationalisme assez pesant. Il y a dans Musa un côté très Pacte des loups en ce qu’il s’affiche comme un immense produit fédérateur et avant-gardiste plus que comme un film en-soi.

A son actif, le film possède une multitude de scènes de combat qui feraient passer celles de Braveheart pour des jeux d’écoliers. Ce n’est pas tant par sa violence éprouvante que le film sidère, plutôt par cette façon de transformer la moindre séquence d’action en grand cirque déstructuré. Saturation du découpage, explosion des corps et des figures, jeu sur la pure forme portent le film sur un terrain presque fantastique, fait de références infernales et cauchemardesques. L’incandescence des mouvements autant que la recherche d’épure sur les décors (on se croirait sur une terre lunaire, sous cloche, suffocante) donnent au film, en de nombreux instants, une force sauvage dans laquelle s’entremêlent sueur et sang, sable et vent en un gigantesque tourbillon d’énergies.

Malheureusement, tout ce qui aurait pu renforcer la surprise s’effondre au bout d’un quart d’heure : interprétation pataude et prétentieuse (les guerriers font des moues sorties d’un film muet), récit plombé, interminables bavardages héroïques. Si Musa se rattrape toujours par un recours à l’ultra-violence graphique, il peine à surprendre, sidère par à-coups plus qu’il ne parvient à s’étaler sur la longueur. Irrémédiablement long et attendu, empli d’artifices et de manières irritantes, Musa a presque tout du faux grand film mégalomane : une étroitesse d’esprit (pas un gramme d’humour et très peu de véritables enjeux) qui sied mal aux criards rêves de grandeur qui le mobilisent de bout en bout.