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Remake du chef-d’oeuvre de George Pal, La Machine à remonter le temps peut être vu comme un film-témoin de la longue dégénérescence de la science-fiction héritière des grands classiques littéraires du genre. Alors que le premier reste aujourd’hui comme un film qui n’a pas pris une ride, celui-ci paraît sorti d’un autre âge, presque au niveau du récent et catastrophique Donjons et dragons. Ce qui étonne le plus, c’est son côté HBO soigné et démodé, une esthétique dont l’académisme luisant et pompier évoquerait le pire des téléfilms (Docteur Jeckyll et Mister Hyde avec Michael Caine) diffusés le mercredi soir en prime-time sur France 3.

Passé ce premier voyage dans le temps (il s’agit quand même d’une production DreamWorks), vient le pire du film : son récit ennuyeux au possible, sorte de longue ballade au pays de tous les clichés du genre (la machine pétaradante, les époques convenues visitées, entre pré-anticipation bidon et retour à l’état de nature). Pas un gramme d’originalité ne vient étayer le scénario, Simon Wells se contentant de remplir un cahier des charges (un peu de mélo rétro, un peu de suspense, un peu de violence aseptisée) archi-convenu. Reste enfin la mise en image du « pedigree » du film, les Morlocks, peuple de monstres mystérieux qui hantent les nuits d’une humanité post-futuriste réduite à une vie animale. Il faut savoir que cet élément était de loin le plus convaincant du film de Pal, fonctionnant sur un principe de mystère et de non-vu très angoissant. Dans la nouvelle version, c’est de loin la part la plus ridicule du film : les monstres ressemblent à d’atroces Gremlins géants et leur animation grotesque évoque une véritable foire à l’effet numérique de seconde zone. S’y ajoute un grand gourou incarné par Jeremy Irons achevant de faire basculer le tout dans une bouillabaisse psychédélico-scientologique totalement affligeante.

Le film fonctionne par effet boule-de-neige, devenant une sorte de bouffissure cinématographique sans nom. Effaçant toute magie au profit d’un surplus d’effets lisses et désincarnés, La Machine… est une baudruche crevée parvenant sans peine au rang des films les plus fades et les plus inutilement « soignés » (à aucun moment ne perce le moindre second degré, ce qui en-soi n’est déjà pas si mal) de la petite histoire du petit cinéma fantastique moderne.

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