Marie-Christine Questerbert n’a certainement pas recherché la facilité en décidant pour son premier long métrage d’adapter une nouvelle du Décameron. En faisant même abstraction du film homonyme de Pasolini, il lui restait plusieurs problèmes de taille à régler, le moindre n’étant pas celui du choix à opérer concernant la reconstitution médiévale. La réalisatrice, qui connaît bien le cinéma pour s’être frottée à la critique, ne pouvait pas ignorer le travail effectué par Robert Bresson et Eric Rohmer dans ce champ précis De Lancelot du Lac et Perceval le Gallois, elle a choisi de conserver les options de stylisation des décors et des costumes. Mais si Marie-Christine Questerbert a également fait appel à Emmanuel Machuel, le chef-opérateur de L’Argent, elle ne s’est pas non plus égarée dans un réseau référentiel asphyxiant.

Il y a de l’exigence dans La Chambre obscure mais peu de prétention. C’est une des bonnes surprises de ce film singulier que le parti pris d’une tonalité légère qui respecte le ton de la farce boccacienne sans l’alourdir d’effets ni l’encombrer de vulgarité. Cette réussite passe bien sûr par la mise en scène mais aussi par des dialogues vivants -parfois joliment anachroniques- et surtout par une interprétation à la fois distanciée et lumineuse. En confiant les rôles principaux de La Chambre obscure à trois jeunes comédiens représentatifs de leur époque et de leur génération (Caroline Ducey, Melvil Poupaud, Mathieu Demy), la réalisatrice ne s’est pas trompée. Chacun apporte un peu de sa sensibilité d’aujourd’hui à son personnage et insuffle, du coup, un vent de modernité au propos. Quelque chose de très contemporain circule, en effet, dans ce ludique récit de mariage forcé et de conquête d’un amour déjà honoré par l’un des partis sans qu’il en ait connaissance.

Accueilli un peu mollement à Cannes dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs, le film mérite mieux que le traitement expéditif qui lui fut réservé. Cette première œuvre personnelle et malicieuse, à l’écriture de laquelle a collaboré Danièle Dubroux, s’aventure avec intelligence en des terres risquées et s’en sort plus que dignement. Le travail effectué sur les couleurs, la lumière, les décors (inspirés par les miniatures du Moyen Age) témoigne d’un regard raffiné et d’une orientation esthétique rigoureuse. De toutes façons, ne serait-ce que pour lui avoir fourni l’antidote rêvé à La Passion Béatrice, crétinerie médiévale réaliste, le spectateur devrait être redevable à Marie-Christine Questerbert. Il obtient bien plus et c’est tant mieux.