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3
sur 5

On connaissait du cinéma documentaire hollandais l’œuvre de Joris Ivens puis de Johan Van Der Keuken, voici maintenant Heddy Honigmann réalisatrice née au Pérou mais vivant à Amsterdam et déjà auteur de 16 films. Sa dernière réalisation, L’Orchestre souterrain, débute comme une chronique de la vie des musiciens dans le métro parisien, images volées par une caméra amateur de notre piètre quotidien parfois ensoleillé par quelques notes de musiques. L’image est de mauvaise qualité, la trame vidéo scintille et fait mal aux yeux, on se demande si l’on va tenir longtemps comme ça… Et puis, comme par magie, ça s’arrange, les musiciens sortent du métro et l’image devient belle, cinématographique, rayonnante… Mais ce passage du sous-sol à la lumière, de la vidéo à la pellicule, est laissé sans véritable explication, l’originalité du traitement adopté par la réalisatrice étant l’absence de commentaire en voix-off. Certes, des agents de la RATP viennent lui demander d’arrêter sa caméra en objectant qu’il est interdit de filmer dans le métro, mais le spectateur reste sur sa faim. Pourquoi l’équipe de la réalisatrice n’a-t-elle pas obtenu d’autorisation ? -Pour mémo de nombreux autres documentaristes en ont obtenu tels Jean-Marie Barbe en 1988 pour Le grillon du métro et Jean-Michel Carr en 1990 pour Vive la liberté !– Ce manque d’information crée un certain sentiment de complaisance : un écran noir pour signifier l’arrêt de la bande prend une dimension plus esthétique que réellement significative. 15 minutes après le début du film, la réalisatrice emprunte alors une autre direction, elle rencontre à l’extérieur les musiciens qu’elle avait abordé dans le métro et puis d’autres personnages qui eux, s’ils sont presque tous des musiciens d’origine étrangère en galère, n’ont a priori rien voir avec le métro. Un nouveau sujet se fait alors jour, celui de la peinture fragmentaire d’un orchestre virtuel composé de tous ces musiciens exilés vivant dans l’ombre de notre société. Se laissant parfois emporter par un lyrisme facile -images de travelling en voiture dans divers quartiers de Paris illustrées par le chant ou la mélodie de l’un des musiciens- le film de Heddy Honigmann trouve à d’autres moments le ton juste pour laisser s’exprimer tous ces anonymes. Sa composition par petite touche donne alors au spectateur la possibilité de faire son propre chemin entre ces bribes d’histoires… une visite personnelle de l’orchestre souterrain…