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L’Homme des foules repose sur une mauvaise idée de cinéma : le face-à-face en huis clos, qui, sauf erreur, ne s’est jamais imposé comme un terreau fertile en chefs-d’oeuvre. De Garde à vue à Une Simple formalité (Polanski et Depardieu filmés par un Tornatore en dessous de tout), ce genre un peu bâtard confronte deux personnalités souvent antagonistes soumises à une dialectique très psychologisante qui, au fil des indices et autres révélations, s’achève soit sur une conclusion surprenante soit sur un trouble pseudo-entêtant. Va pour la deuxième option puisqu’on a ici affaire à un combat purement symbolique entre l’angélique et le monstrueux, la raison et le mal. Victime d’un syndrome de Stendhal qui n’arrive pas à la cheville de celui d’Argento, Marcovic (Jerzy Radziwilowicz) se retrouve par on ne sait quelle ficelle de scénario en clinique psychiatrique, où il est suivi (interrogé serait un terme plus approprié) par le docteur Giordano (Maria de Medeiros). Hélas, Edwige Fenech n’est pas de la partie et nos deux héros hésitent à nous délecter d’un remake de La Toubib a de gros seins. Non, tout ça est beaucoup plus sérieux, pour ne pas dire plombant. Car la mine patibulaire de Marcovic cache un passé de tortionnaire polonais que la jolie psychologue ne va pas tarder à faire resurgir…

On devine les tourments -classiques pour ce type d’entreprise- de John Lvoff se demandant comment rendre cinématographique un matériau a priori plus adapté à la scène. Solution de facilité : le flash-back, outil sympa qui permet d’étoffer les personnages tout en sortant son public de la claustrophobie ambiante. Mais la simple évocation des atrocités (humiliations, viol…) commises par Marcovic aurait eu bien plus d’impact que son illustration paresseuse où l’on peut voir notre bourreau et ses complices se livrer à leurs exactions favorites, sans ambiguïté ni ambition dans la mise en images. Pas de précisions sur le contexte : figure de bourreau ordinaire, l’individu Marcovic vaut pour tous les grands criminels politiques, Ceaucescu en particulier. Cette volonté d’universalité dans le discours passe évidemment par un manichéisme protecteur. Rassuré de pouvoir s’identifier à l’interlocutrice bien-pensante, le cinéaste / spectateur pose, via la jeune interne, les questions de circonstance à l’ »ennemi » avant de rouer de coups son protecteur, comme pour se libérer d’une écoute qu’il n’aura pas su gérer. On aurait préféré essayer de comprendre « la bête » plutôt que de la condamner d’emblée sans pouvoir s’interroger sur notre propre mode de pensée, nos propres réflexes moraux.

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