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Un nouveau mal semble s’être abattu sur le cinéma français : on l’appellera le « syndrome de l’auteur ». C’est sans doute à un tel mal qu’ont succombé ceux qui ont vu en Jacquot un nouveau héros du cinéma hexagonal. Après être passé dans l’ombre des années 80, l’accumulation (de ses films) a fini par avoir raison du bon sens général : promu auteur du jour au lendemain, à l’occasion de sa Fille seule, c‘est au rythme d’un film par an que ce Denis de la Patelière des années 90, qui n’en finit décidément pas de confondre quantité et qualité, poursuit son chemin.
Qu’en est-il de son nouveau film ? L’histoire de cette passion entre un jeune homme et une femme d’âge mure était évidemment pour lui un sujet à risques, vu son habituelle propension à l’étalage sentimentaliste gratuit. Mais nos pressentiments n’étaient rien face à ce que nous inflige maître Benoît.
Car le grand écueil de Jacquot est d’exprimer des sentiments par des dialogues tous plus ridicules les uns que les autres, au lieu de nous les montrer sur les visages, dans le timbre des voix des acteurs (bref de faire du cinéma, comme l’ont fait Renoir et Bresson, qu’il se plaît à citer comme ses maîtres). Il préfère dire les choses que les montrer -ce en quoi l’essence du cinématographe semble lui avoir échappé.
A défaut de révolutionner le cinéma, Jacquot se plaît à incarner une figure de notre panthéon révolutionnaire : ainsi peut-on voir en lui une sorte de Robespierre du cinéma, tant son plaisir à couper des têtes tourne à l’obsession. L’Ecole de la chair nous convie à un véritable festival de têtes coupées, si bien qu’on en arrive à se demander ce qui se passe, où l’on se trouve… Le film finit ainsi par atteindre des dimensions surréalistes, au sens le plus exécrable de ce terme : coupé du réel, se baladant dans un imaginaire qui est vraisemblablement le tréfonds du subconscient jacquotien.
Que restera-t-il de tout cela ? Rien, si ce n’est cette certitude : que Jacquot n’a pas appris le cinéma à la bonne école.