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Labellisé de l’AOC « petite comédie britannique bien sympathique », pur film de ventre mou estival, L’Amour, six pieds sous terre n’est vraiment pas grand-chose. Un charmant village grand-breton et sa galerie de bouilles locales, du croque-mort en noir et blanc aux vieilles fleuristes commères, du notable ventripotent à sa femme introvertie, à sa secrétaire pouf et nymphomane. Un macchabée (la mère du notable), un enterrement à préparer, et voilà que rejaillit le feu de l’ancien volcan entre le croque-mort et la ménagère, que réunit une commune passion pour la comédie musicale à l’américaine. Ils s’aiment, veulent s’enfuir ensemble, en simulant la mort de madame. Reste le poil à gratter : Christopher Walken, croque-mort yankee, concurrent de l’autre aux méthodes hétérodoxes, bien décidé à révolutionner le marché des obsèques. C’est le versant humour noir du film, qui charrie les scènes clés, laborieuses : Walken prépare un enterrement aux couleurs Star Trek pour une mémé fan de Spok, un autre en strass et paillettes pour une granny joyeuse de son vivant, etc.

Ce cinéma-là, soyons clairs, on s’en fout. Mal placé dans l’échelle de l’évolution, L’Amour, six pieds sous terre ne fait qu’étaler un état d’esprit villageois, un goût pour le rétro un peu assommant (la métaphore du struggle for life libéral ramené à une compétition d’embaumeurs et une guerre des cercueils) et un timide désir de loufoquerie qui n’intéressera pas grand monde. Et ne pose qu’une question, un peu embarrassante : a-t-on réellement envie de voir des cabots ? Autrement dit, doit-on se réjouir de voir un Christopher Walken s’égarer en naufragé volontaire dans une bobine d’une telle indigence ? Il cabotine, Chris, et voudrait qu’on soit content pour lui. Affublé d’un idiot léger aux chicots jaunâtres (la grosse prothèse de carnaval), Walken campe son croque-mort hirsute en nous montrant combien il s’amuse. Respect pour le king of New York quand il est en vacances et fait relâche. Les gros durs en cabots (voir Bruce Willis dans la série Mon Voisin le tueur) réclament au fond une admiration un peu minable et forcée pour leur légèreté, leur capacité à ne pas se prendre au sérieux. Cette manière de réclamer un mot d’excuse pour mauvaise conduite est finalement assez antipathique. Ce n’est pas eux, les kings, que l’on veut voir dans ces petites comédies livides, semées en nombre et sans destin particulier, si d’aventure on veut voir celles-ci.

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