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4
sur 5

Après le magnifique Chant de la fidèle Chunyang, Im Kwon-taek nous offre avec Ivre de femmes et de peinture une nouvelle preuve de son talent et, surtout, de sa verdeur restée intacte. Preuve que le poids des années n’est pas une fatalité pour l’artiste. Il est justement question ici des rapports passionnés entre la pratique de l’art et le cheminement tortueux de l’existence. Im Kwon-taek s’attaque en effet au biopic avec ce Ivre de femmes et de peinture qui retrace la vie d’Ohwon, célèbre peintre coréen du XIXe siècle aussi bien connu pour son immense talent que pour son goût immodéré des plaisirs libertins et des joies de la bouteille. Loin de l’hagiographie respectueuse répandue par l’histoire de l’art, le cinéaste prend plutôt en considération les anecdotes et péripéties mouvementées de la vie privée. Im Kwon-taek s’intéresse à la relation ambiguë qui unit dans une même personne le raffinement de la peinture et la force des plus bas instincts. A l’instar de son collègue nippon Shohei Imamura (De l’eau tiède sous un pont rouge), Im Kwon-taek fait preuve d’un érotisme truculent pour évoquer la carrière d’un artiste dont la philosophie de vie pourrait se résumer à cette formule : « Je bande donc je peins ».

Chronique débridée, Ivre de femmes et de peinture évoque dans un mélange de drôlerie et de fatalisme, les débordements éthyliques et sexuels d’Ohwon qui sont à la fois une bénédiction -l’ivresse comme condition de l’élan artistique- et une malédiction -incapable de s’investir dans une relation durable, le peintre est condamné à la solitude. Servi par une réalisation impeccable de classicisme, le film d’Im Kwon-taek se déroule sur un rythme mesuré, presque cadencé, qui contrebalance avec pertinence les débordements effrénés de son héros : voir la scène d’accouplement « sauvage » avec une maîtresse prête à tout pour parvenir à la jouissance. Ponctué par de magnifiques plans d’ensemble composés comme de véritables tableaux, Ivres de femmes et de peinture frappe aussi par l’exceptionnelle qualité de sa photographie, d’une beauté époustouflante. Avec son dernier film, le maître du cinéma coréen confirme ainsi ses dons pour l’observation de l’être humain dans sa grandeur comme dans sa petitesse. Profondément humaniste, il n’oublie jamais de nous rappeler que nous sommes finalement tous conçus de paradoxes…