4
sur 5

Disposant d’une filmographie pour le moins hétéroclite -avec récemment un détour catastrophique vers la comédie sentimentale (Pour l’amour du jeu), Sam Raimi est un cinéaste multicartes. Intuitions lui permet d’ajouter une corde à son arc : le thriller fantastique. Mais les effets spéciaux sont loin de tenir la vedette dans ce film qui fait la part belle à la psychologie torturée de ses personnages.

Impossible d’évoquer Intuitions sans d’abord faire le lien avec le Twin Peaks de Lynch. Les deux films ont le même sujet -une jeune fille trop séduisante est retrouvée morte dans les eaux-, le même contexte -une bourgade perdue dans la forêt-, et surtout le même sens de la dramatisation. Comme Lynch, Sam Raimi sait tirer parti d’un contexte géographique et social pour créer un climat d’angoisse prenant. Loin de se réduire à un simple « whodunit ? », Intuitions s’attarde donc sur les existences paumées qui croisent le chemin d’Annie Wilson. Plus assistante sociale que gourou charismatique, celle-ci apaise la douleur des gens en leur prodiguant des conseils pour mener à bien leur vie. Les dons d’extralucide d’Annie sont envisagés sur un mode plus social que surnaturel. Ses consultations sont ainsi l’occasion pour Sam Raimi de dresser une galerie de portraits, véritable précis des joies de la vie à la campagne : le mécanicien barjo tiraillé par un problème d’inceste, la pouffe locale battue par son bûcheron de mari (étonnant contre-emploi de Keanu Reeves), etc. On n’est pas loin de la caricature, si ce n’était l’interprétation impressionnante des comédiens qui donnent vie aux personnages, Giovanni Ribisi en tête, dont le jeu intense fait à lui seul oeuvre de suspense.

De facture assez classique, Intuitions ne renouvelle pas non plus la mise en scène de la peur. Les grandes scènes de terreur du film se réduisent presque à chaque fois au traditionnel « secret derrière la porte » doublé de flashes sonores brutaux. Ces climax anxiogènes ne sont d’ailleurs pas les moments les plus réussis ; on leur préférera largement les « visions » d’Annie mises en scène selon des effets plus discrets mais bien plus angoissants. Sam Raimi parvient surtout à rendre sensibles les paysages qu’il filme, marécages et forêts embrumés, leur conférant une inquiétante beauté. Sans bouleverser le genre, le cinéaste parvient ainsi à l’imprégner d’une opacité humaine et naturelle qui renforce les effets d’une réalisation au pouvoir horrifique efficace.