3
sur 5

Petit auteur discret mais toujours vert, Philip Kaufman passe à la case dollar. Produit standard à la Seven, Instincts meurtriers confirme le retour en douceur du cinéaste, valeur montante il y a vingt ans (de l’Invasion des profanateurs à l’Insoutenable légèreté de l’être), inexistante il y a dix ans et que le mini-succès de Quills (2000) a remis gentiment en selle. L’occasion de voir conjointement comment se porte le genre et où Philip Kaufman se situe désormais sur l’échiquier hollywoodien.

D’abord, le genre : une série de meurtres dont l’aspect rituel conduit très vite à soupçonner un serial killer méthodique, un décorum urbain humide avec profilers cyniques, bas-fonds louches et chairs tuméfiées. Un cahier des charges déjà-vu, mais si digéré qu’il devient propice aux accouplements. Instincts meurtriers insère donc les névroses hitchcockiennes via une fliquette désaxée (Ashley Judd, sexy-virile comme au premier film), hantée par le suicide de son psychopathe de père, en proie aux même pulsions violentes. La jeune femme mène l’enquête et réalise que chacune des victimes s’avère être un ex-coup d’un soir. Paranoïa et whodonit s’ajoutent logiquement à la greffe.

Kaufman, lui, s’en fout complètement. Non, il s’en amuse plutôt, habillant le tout avec un académisme faussement dévot, toujours conscient de malaxer de l’hybride mineur. D’où un regard d’une ironie feutrée, pas assez appuyée pour déstructurer l’ensemble, mais suffisamment persistante pour alléger chaque postulat du scénario. En émane une grâce discrète qui ouvre le film vers un terrain de petites expérimentations, quadrillage sympathique de micro-piratages. Kaufman privilégie les états à la structure (la drogue du violeur, excellente idée), ricane avec un poil de lubricité sur les parties de jambes en l’air d’Ashley Judd. A chaque plan, on sent une petite envie perverse, un ricanement multifonctions : on bave devant la fliquette, on la punit d’avoir consommé avec un autre que soi puis on tape sur la pudibonderie américaine dans un éclat de rire persifleur. Belle maîtrise pour un cinéaste revenu de tout, dont on n’attendait plus grand chose.

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