2
sur 5

Entouré d’une aura de méga-succès asiatique, Infernal affairs arrive à point nommé pour constater le niveau actuel de la production hong-kongaise, dont la chute libre des années récentes s’est muée en une sorte de va-tout où se côtoient, plus que le pire et le meilleur (le signe d’une cinématographie éclatante), le bon et le moins bon (le signe d’une cinématographie sans fers-de-lance). Dans le genre sous-Tsui Hark, on connaissait Johnnie To, faiseur star capable de se faire passer pour le top du top alors qu’il n’est qu’un habile suiveur. Avec Infernal affairs, on passe dans la division encore inférieure : celle du sous-Johnnie To, soit un ventre mou mainstream où toute prétention auteurisante s’efface au profit d’un défilé de vignettes et de clichés sans la moindre élégance.

Histoire de lutte à mort entre deux frères ennemis, l’un undercover dans la police, l’autre policier infiltré dans un gang, Infernal affairs suit un récit de double classique qui donne la part belle aux effets faciles : miroir et symétrie du Bien et du Mal qui finissent par s’annihiler en une lutte existentielle, se déchargeant peu à peu de son simple contenu moral. Le sujet est si usé qu’il confère immédiatement au film une atmosphère de série B télévisuelle sans grand intérêt : pauses-frime des stars locales (les éternels Tony Leung et Andy Lau), jeu de flambe emplie d’effets de tiroirs, embrouilles visuelles à deux francs (ralentis, zooms, montage navrant). C’est le ventre mou absolu du cinéma hong-kongais, un mélange de fumisme télévisuel et d’élans de pur cinéma pop-corn (mélo, polar) toujours solide, capable en tout cas de maintenir une attention relative tant les procédés sont sûrs et éprouvés.

Rien de honteux donc, si ce n’est l’impression d’un gentil divertissement sans lendemain. Loin du cynisme des sous-productions de Besson, loin de la fadeur de ses équivalents US, Infernal affairs est une sorte d’emblème naïf de ce que l’on peut espérer des productions HK : un minimum syndical empli d’une lisibilité et d’une transparence des enjeux qui rassurent quant à la saine machinerie d’une cinématographie naturellement viable. Même loin de son âge d’or, HK demeure capable de perpétuer sa tradition sans vraiment se renouveler, ni pour autant toucher le fond. La raison ? Coordination lumineuse des objectifs artistiques et financiers : une avancée tranquille au-dessus de l’histoire d’un cinéma populaire lucide et sans complexes vis-à-vis de ses multiples âges d’or.

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