3
sur 5

Le romancier Elmore Leonard est très à la mode actuellement. Ce n’est un secret pour personne. Même Tarantino a cédé aux charmes de l’auteur américain et il commence à apparaître une certaine filiation entre toutes les adaptations sorties dernièrement. Bizarrement, c’est avec celle de Steven Soderbergh que le rapport entre tous les films estampillés Leonard apparaît réellement. On peut dès lors se demander d’où vient ce soudain intérêt pour cet auteur qui, s’il n’est pas inintéressant, n’en est pas moins classique. La solution du problème tient en un seul nom : Quentin Tarantino. Le réalisateur de Reservoir dogs a avoué à propos de son dernier film Jackie Brown avoir toujours été passionné par le style Leonard et ce, depuis sa plus tendre enfance. D’ailleurs, si on y regarde de plus près, on remarque plusieurs points communs entre les premiers films de l’auteur et les adaptations de Leonard qui ont suivi. Ainsi, Leonard semble être devenu un prétexte pour faire des films à la Tarantino sans pour autant être obligé d’afficher une inspiration gênante. C’est à ce moment précis qu’arrive le film de Soderbergh, car Hors d’atteinte se place dès le début comme un contre-Tarantino, une réaction de la part d’un réalisateur s’étant fait voler la vedette par un jeune trublion sans manière ni talent. Soderbergh s’emploie à démontrer une maîtrise supérieure à celle de l’auteur de Pulp fiction, en adaptant une histoire très proche de celle de Jackie Brown (il se permet au passage de reprendre un personnage de Tarantino : Ray Nicollette, incarné, comme dans Jackie Brown, par Michael Keaton). Il y ajoute une virtuosité absente chez le petit maître du cinéma indépendant californien, resté très sobre sur sa vision de l’univers de Leonard. Mais loin d’être une simple querelle de voisinage, la rivalité évidente qui est au centre de Hors d’atteinte arrive a créer une vraie tension qui fait de la quasi relecture de Soderbergh une démonstration de son propre style.

Reconnaissons que tout cela est assez vain dans l’absolu. Cependant, il est tout de même jubilatoire de voir jusqu’où Soderbergh repousse les limites du néo-polar, essayant de faire de chaque scène un morceau d’anthologie. Bien sûr, l’objectif est rarement atteint. Mais la volonté de Soderbergh d’en mettre plein la vue et de s’ériger en grand cinéaste fait son petit effet ; et l’on arrive presque à se prendre au jeu du metteur en scène qui, par quelques trucs (multiplication des points de vue, flash-back alternés, lourdes suggestions…), impose son style nonchalant et tape-à-l’oeil.

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