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2
sur 5

Dommage ! C’est le mot qui nous vient à l’esprit pour évoquer le premier long métrage de ce jeune réalisateur espagnol. Dommage, car le scénario, très original, pouvait aboutir à un film hautement plus intéressant que celui-ci. Un homme engage une troupe d’acteurs professionnels pour jouer le rôle de sa famille à l’occasion de ses cinquante ans. Si le début du film est assez ingénieux, (on ne comprend qu’au bout d’un quart d’heure que la famille qui s’affaire aux préparatifs de l’anniversaire est factice), c’est parce que justement Leon de Aranoa utilise finement dans cette scène l’étrangeté de la situation. Vraiment dommage donc, que par la suite, le film reste dans l’univers balisé des lieux communs, le réalisateur préférant exploiter son scénario à la façon d’un vaudeville. On aura ainsi droit au quiproquos du mari voulant honorer sa fausse femme, celle-ci étant la vraie femme de celui censé incarner son beau-frère ! De scènes de ménage en scènes de jalousie, les problèmes du vrai couple ressurgissent, et l’on découvre comme par hasard que celle qui incarne la mère, souffre de ne pas avoir d’enfants, et donc pas de vraie famille !
Le sujet pourtant pouvait donner lieu à d’autres traitements soulignant la perversité de ce simulacre de la famille ; on aurait pu en faire un thriller en faisant du père un personnage encore plus inquiétant, et en laissant planer le doute sur le sort horrible de son ex famille… Mais on aurait pu, surtout, en abordant le registre de la satire de mœurs, transformer cette famille insolite en miroir, catalyseur des rituels d’une vraie famille avec son lot de mensonges, d’hypocrisie, de comédies… Si le film manque cruellement d’inventivité, la mise en scène est carrément terne, à l’image d’un téléfilm. Le passé de scénariste de Leon de Aranoa pèse cruellement sur la réalisation comme s’il pensait compenser son manque par des dialogues bien écrits. Même la dernière partie nous laisse sur notre faim : si l’homme a organisé toute cette comédie, c’était tout simplement pour ne pas être seul le jour de son anniversaire ! Un motif moyen pour un film moyen, dommage…