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2
sur 5

Suite presque logique à la série documentaire L’Amour en France co-réalisée avec Tony Lainé en 1990, Et si on parlait d’amour a ceci de différent avec son aîné qu’il a d’abord été conçu pour le grand écran avant une éventuelle diffusion télé. Pourtant dans ce premier long métrage de cinéma, Daniel Karlin ne rompt pas vraiment avec son esthétique habituelle hormis sur deux points : la durée plus courte du film qui tranche avec les séries documentaires fleuve de l’auteur et la présence de scènes de sexe filmées pour de vrai, évidemment plus difficiles à concevoir sur les chaînes hertziennes. Pour le reste, on retrouve le « style de proximité » du réalisateur qui s’immisce cette fois dans la vie de ses « sujets type » pour nous offrir rien moins qu’une radiographie de la nouvelle sexualité des Français. L’objectif de Karlin est de nous démontrer en filmant des gens ordinaires, des gens qu’on croise tous les jours en allant chercher son pain, que les moeurs sexuelles ont évolué et qu’une plus grande ouverture d’esprit est donc nécessaire. Selon Karlin, l’échangisme, les partouzes et les brèves relations par Internet doivent sortir de l’ombre. L’auteur milite donc pour la reconnaissance et l’acceptation par tous des pratiques sexuelles « différentes ». Mais même si l’on ne peut qu’être d’accord avec ces propos, le film de Karlin -de par la frontalité brutale de son dispositif- nous pousserait presque à opter par réaction pour le contraire.

Nous sommes en premier lieu conviés dans la salle à manger de Bernard et Violette, la cinquantaine alerte, trente ans de mariage dont vingt huit à pratiquer l’échangisme, secret de jouvence de leur couple. Après avoir filmé une de leur partie fine, Karlin n’hésite pas à évoquer le sujet avec les petits-enfants au courant du hobby de papy et mamie…Il y aura par la suite Cathy, ancienne obèse accro aux partouzes, Julien et Sophie, mariés trois enfants et couple très libre, enfin Daniel et Karine, deux handicapés qui n’ont pas renoncé aux plaisirs de la chair. Ce n’est pas seulement ce qui est filmé que l’on remettra en cause mais aussi comment cela est filmé. Il y a d’abord cette manière très spéciale qu’a Karlin de converser avec ses sujets, orientant sans cesse les entretiens, ne laissant à ses interlocuteurs que le maigre choix d’abonder dans son sens. On se demande aussi quelle est la justification des scènes de cul filmées par Karlin : nous montrer en pratique ce que les gens nous ont décrit en paroles ? Outre leur aspect provoc un peu facile, ces scènes sont dans l’ensemble si glauques qu’on en viendrait presque à réfuter les propos libertaires de Karlin. On n’a finalement pas tous envie de voir des sexagénaires se livrer à des orgies dans leur salon Conforama ou une handicapée faire une fellation à son vieil amant tétraplégique. Avec Et si on parlait d’amour…, Daniel Karlin nous montre que même nos voisins ont une sexualité. On ne s’en doutait pas…