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sur 5

Genre casse-gueule que le film sur le cinéma, souvent enfonceur de portes ouvertes ou citeur complaisant. En voici une nouvelle démonstration venue d’Italie, pays qui raffole avec plus ou moins de bonheur des odes aux glorieuses heures du cinématographe. Si Dopo mezzanotte, du critique Davide Ferrario a mis beaucoup moins d’argent que Giusseppe Tornatore pour ses indigestes pâtisseries, ses ambitions sont peu ou prou identiques : évoquer le cinoche comme un objet de collection, une relique qui tire beauté de sa poussière et de sa nostalgie. Chez l’auteur de Cinéma paradiso, l’hommage passait par une mélancolie ripolinée, chargée de sucre et miel, un cri d’amour passéiste de gros patapouf. Légère nuance pour Ferrario, tout de même plus fin et moderne, qui inscrit son film dans un monde actuel et discerne parfaitement l’ancien du nouveau. Pas de délire révisionniste donc, plutôt une rêverie de rat de cinémathèque, mal fagotée et blafarde, mais assez saine dans son rapport au passé.

Trois personnages transitent autour du musée du cinéma de Turin. Amanda s’y réfugie après avoir agressé son patron et rencontre le gardien des lieux, une espèce de Quasimodo local en moins laid et plus cinéphile, obsédé par les films de Buster Keaton. Le copain d’Amanda, petite frappe des bas-quartiers, traîne dans le coin pour voler des voitures. Facilité du pire cinéma karaoké : transfuser les méthodes d’antan et les plaquer telles quelles à aujourd’hui. Ca donne un burlesque pathétique, anémié et totalement naïf qui plante tout mouvement et ringardise le passé. Chaque scène semble un supplice pour le film qui cherche laborieusement un lieu, une situation, un geste où Keaton pourrait réapparaître tel un sauveur fripé. D’autant que Ferrario ajoute une voix off gluante qui théorise le mode de narration du film et le caractère des personnages, ultime bâillon asphyxiant définitivement l’image.

Cette image (en DV, faute d’argent) incroyablement terne, derrickienne au possible, ne filtre de la cinéphilie que son coté névrotique. Les images d’archives sont tellement granuleuses, sales qu’il en ressort en lieu d’hommage un malaise atroce, nauséeux. Au fond toute la glauquitude du collectionneur désocialisé par sa passion, terni par le celluloïd périmé. Au moins Ferrario restitue efficacement cette facette sombre du cinéphile, notamment via le quadrillage du musée comme antre de la folie et cocon fabuleux (les vues sur Turin, la visite du couvreur), summum de rigidité du film (espace clos, deux acteurs rachitiques, architecture historique), mais qui trouve enfin une respiration. Pour une fois, la juxtaposition passé-présent a les yeux en face des trous : le décor lui-même fusionne avec les vieilles pelloches qui trouvent un nouveau souffle. Pour preuve, la chambre du gardien, reproduction live d’un muet projeté non-stop dans le musée, avec meubles double-fond et garde-robe articulée. Le gag passe, pas le film.

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