4
sur 5

Avec Distance, le Japonais Kore-Eda trouve enfin une forme moins rigide pour mettre en scène les obsessions morbides qui l’animent depuis ses précédents opus Maborosi et After life. Même si l’on retrouve dans le film les fameux interrogatoires filmés sans contre-champ, le style de Kore-Eda s’est assoupli et tient nettement moins du dispositif arty. En écho au terrible attentat perpétré par les disciples d’Aoum au Japon, Kore-Eda met en scène un groupe de personnes qui, le temps d’une nuit, se souviennent de leurs proches, d’anciens adeptes d’une secte qui ont commis un attentat avant de s’immoler collectivement. Ce qui frappe d’emblée dans Distance, c’est justement son absence de dramatisation, présentant d’abord les différents protagonistes dans leur vie quotidienne. Quand ils se retrouvent en pleine forêt, on croit ainsi d’abord à un pique-nique entre amis avant de découvrir le réel motif de leur rendez-vous : une sorte de pèlerinage en mémoire des disparus. Sauf qu’ici les disparus sont quand même des assassins -ce qui change un peu la donne. Obligé de passer la nuit dans l’ancienne maison de la secte avec un membre repenti, le groupe revient sur les événements, leur lien fort avec les meurtriers offrant un éclairage inédit et nettement plus complexe sur la nature de leur crime.

Qu’on se rassure, Kore-Eda ne cautionne à aucun moment l’acte répréhensible commis par la secte mais tente plutôt de découvrir ce qui a motivé son geste. Néanmoins, ce questionnement ne prend jamais une forme trop didactique et s’insère par intermittence dans le film par le biais du souvenir mis en scène lors de sobres flash-backs. Un retour vers le passé particulièrement dérangeant quand on découvre que les membres de la secte n’avaient rien à voir avec des fous illuminés mais correspondaient plutôt à des gens plus intelligents que la moyenne, ne supportant pas la médiocrité de leur existence. Ainsi « dé-diabolisés », les assassins deviennent presque victimes, malheureux produits d’une société par trop étouffante. En entretenant cette ambiguïté évidemment gênante, Kore-Eda pointe du doigt l’insondable complexité de l’âme humaine et par extension l’impossibilité de porter des jugements aussi définitifs que la peine de mort. Pendant quelques heures, dans une forêt qui semble coupée du monde sublimement photographiée par le chef-op Yutaka Yamazaki, quelques hommes prennent ainsi conscience de cette douloureuse dualité.

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