0
sur 5

Les grands reporters comme formule magique de thriller politique ? Mouais. La formule a été usée jusqu’à la corde par Hollywood depuis vingt ans. Et que propose Deadlines ? D’y revenir justement. Résultat : un cours d’histoire-géo grandeur nature, avec persil sur le pâté, de la sueur et du lacrymal humanitaire. Problème : pas de cinéaste à bord, pas de fric et aucun humour pour relever la sauce nanar. A Hollywood, personne n’a du vouloir produire ce truc, pas même Jerry Bruckheimer. Mais ça n’a pas découragé Ludi Boeken et Michael A. Lerner, deux anciens pros du journalisme de guerre reconvertis au cinéma. Le scénario, ils l’ont vécu. Des films, ils en ont vu. Et rien de plus facile que de trouver des beaux gosses vaguement acteurs et des stars déchues prêtes à tourner à n’importe quel prix.

Liban, années 80, en plein coeur de la guerre civile. Un pigiste américain inexpérimenté mais plein d’audace fait ses valises pour Beyrouth. Il découvre les indics, les scoops truqués, les pressions des deux camps, les politicars pourris, les grandes nations complices du trafic d’armes. En même temps, Boeken et Lerner font mumuse avec le cinéma. Gros plan sur un télex en action, ça fait Costa-Gavras. Filmage des ruines, des sacs de sables et des 404 d’époque avec vitres dégueus : super, le réalisme. Autochtones filous, taxi sympatoche anciennement tueur, guérilleros qui interrompent la bataille pour poser pour la photo, c’est la réalité du terrain, coco. Caméra à l’épaule qui tourbillonne sur héros désabusé, carnage humain, militaires en état de choc, ça c’est le coté cinéma engagé qui s’énerve grave, qui chiale un bon coup.

Et puis la femme ambiguë que le système a perverti en surface (tous les seconds rôles préviennent le héros que c’est « une salope »), Mata Hari pour elle-même qui roule le jeune premier dans la farine avant d’être sanctifiée au finish, c’est la morale de l’histoire, c’est la femme fatale d’aujourd’hui, c’est guerre et paix, c’est tout ce que tu veux, coco. « La vérité est dangereuse », dit la poignée d’affiches qui tapissera une ou deux colonnes Morris cette semaine. Sans blague ?

PARTAGER
Article précédentThe World
Prochain articleLa Pègre