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Après avoir épuisé ses réserves en sang humain, une civilisation de vampires est confrontée au déclin. La crise mondiale vue et corrigée façon Twilight, en voilà une bonne idée que triture Daybreakers avec un sérieux pachydermique et une pauvreté stylistique digne du PIB du Bangladesh. Tels sont l’alfa et l’oméga des frère Spiering, disciples fauchés du pompiérisme déjà élimé d’Andrew Niccoll (Bienvenue à Gattaca), qui croient parer leur fable de super-classe technologique en dévalisant les rayons de chez Habitat et Darty ou en inoculant à une poignée de suceurs de sang fumeurs de clope un spleen d’ado ténébreux tendance émo.

Parmi eux, un jeune et joli médecin qui peine à concevoir un plasma de synthèse pour son boss (le revenant Sam Neil, poudré de frais), et qui, rentré chez lui, désespère de trouver un sens à l’éternité où sa vie le condamne. Problème : la mélancolie au teint pâle du doc est prise en charge par l’invisible Ethan Hawke, qui balance là le même regard de vieux chien mouillé que dans la ribambelle de sous-produits indépendants tournée par l’acteur depuis vingt ans. Au moins est-il parfaitement synchrone avec l’entreprise de cette série B terriblement péteuse, figée dans ses poses éthérées et ses expositions en carton pâte, simplement incapable d’amalgamer à son petit décorum une narration digne de ce nom.

Commence alors un autre film, tout aussi détraqué, qui montre le vampire dépressif rejoindre la résistance humaine, organisée dans un vignoble perdu en pleine cambrousse. Cités à chaque plan, Romero et Carpenter doivent avoir les yeux qui piquent. En lieux et place de plans vissés serrés, d’enjeux à peu près clairs, la guérilla promise vire plutôt au remake involontaire du Gendarme et les extraterrestres. L’identité visuelle, pourtant surlignée en ouverture, s’effondre comme un château de cartes, l’action s’englue dans une mélasse bouillonnante de twists moisis où l’intrigue, passablement effilochée (mutation vampire humain, histoire d’amour, correction de Sam Neil, massacre humain, révolution en marche), se rafistole au gré de rebondissements aléatoires. Plutôt qu’une angoisse savamment distillée, Daybreakers ne palpe qu’une terreur d’apprenti sorcier.

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