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D’une vie à l’autre relève d’un genre devenu facile à cerner : la féerie sociale new-yorkaise. En voilà la règle d’or : New York est la ville magique de tous les possibles. Elle vous fait vaciller du pire au meilleur, avec un net penchant pour le meilleur. Chaque habitant de cette cité paradisiaque est donc susceptible de voir soudainement sa vie se transformer en impensable conte de fées : un industriel milliardaire a le coup de foudre pour une prostituée (Pretty Woman), une amitié profonde se noue entre un écrivain et un gosse de la rue (Smoke), un branché New Yorkais a l’illumination au contact d’un clochard (Fisher King), etc. Au pays des merveilles, toutes les combinaisons sont possibles… Le scénario D’une vie à l’autre, vous vous en doutez déjà, n’est guère plus ambitieux : là, pour le coup, c’est une jolie bourgeoise fraîchement larguée (Holly Hunter) qui tombe amoureuse de son gros liftier (Danny De Vito) sous l’œil bienveillant d’une chanteuse de blues exubérante sortie de nulle part (Queen Latifah). D’une vie à l’autre fait partie de ces films qui voudraient nous réchauffer le cœur, nous faire comprendre que le monde est chargé d’ondes positives, et qu’avec un peu de bonne volonté, tous les habitants de New York pourraient se tenir la main. Pour son 1er long métrage, le scénariste Richard Lagravenese a donc donné dans le film typique « de Noël », démagogique et bien pensant. Ce n’est pas le principe consistant à confronter une bourgeoise et un prolo Italo-Americain qui me gêne, bien au contraire… Mais si ce genre de rencontre n’arrive pas tous les jours, c’est qu’il y a de sérieuses raisons, dont il faut tenir compte (c’est alors que la tâche devient compliquée, et intéressante). Des réalisateurs comme Robert Altman et Woody Allen sont parvenus à dépeindre avec sensibilité et justesse ces rencontres iconoclastes susceptibles de survenir dans les grandes villes des États-Unis : Manhattan ou Short Cuts nous montrent des rapports autrement plus complexes, plus difficiles, et du coup plus noirs. Car, point d’optimisme gratuit : les barrières sociales existent. Certains me diront qu’un film sert aussi à nous faire rêver… Certainement, à condition toutefois que la réalité « bonbonnière » de ce film ne cherche pas à rejoindre la nôtre. Il y a dans ce film une insupportable morale de la vie, facile, hypocrite, ingénue, réductrice, inacceptable. Si vous voulez du rêve, allez plutôt voir Mulan, le mensonge n’aura rien d’indécent.