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sur 5

S’ils voient Cours, Lola, cours, Jan Kounen et ses acolytes (Graham Guit ou encore Didier Le Pêcheur) se sentiront moins seuls. Visiblement, la France n’a pas l’apanage des petits faiseurs bruyants et agressifs. Dans ce registre, l’Allemand Tom Tykwer bat des records.

Lola, son héroïne aux cheveux rouges (Luc B. comme apôtre ?), reçoit un coup de fil désespéré de Manni, son petit ami. Celui-ci vient d’égarer un sac contenant 100 000 marks, somme acquise après un deal et qu’il devait remettre à un truand impitoyable. S’il ne retrouve pas l’argent en vingt minutes, il sera tué. Mais Lola ne cessera de courir pour trouver une solution. Ou plutôt des solutions. Le film est en effet composé de trois parties : comme dans un jeu électronique, à chaque fois que Lola échoue, le récit revient à son point de départ. C’est Le Hasard de Kieslowski, mais sous amphète. Pellicule 35mm et vidéo, noir et blanc et couleur, animation et prises de vues réelles se côtoient sous un déluge de techno pas trop mauvaise, mais dont Tykwer ne parvient pourtant jamais à saisir les vertus cinégéniques (le cinéaste ne l’illustre que par la solution basique et ras des pâquerettes vitesse + violence : le film sur la magnificence et le désespoir des corps technoïdes reste à faire). Certes, Tykwer a des idées, comme celle de prêter une importance inédite aux figurants récurrents, jusqu’à leur inventer de multiples destinées après les différents passages de Lola. Mais son traitement formel confond inventivité et bric-à-brac tape à l’œil, cherchant à épater le jeune branchouille ou le spectateur lambda avide de sensations fortes. Du montage au son, de l’image au scénario, tout est alors souligné grossièrement (le ralenti comme effet écœurant de pyrotechnie foireuse), amplifié (les cris stridents et irritants de Lola), accéléré (au rythme de la musique, les images s’enchaînent mal, mais toujours plus vite et toujours plus fort), répété (les situations et personnages que l’on retrouve comme autant de clins d’œil ratés) jusqu’à l’overdose.

Pour que l’on respire pendant le supplice, ce sacré Tom a concocté deux scènes plutôt calmes (mais avec filtre rouge tout de même, pour que ça reste style) où les héros divaguent très sérieusement sur la fragilité et le côté aléatoire du sentiment amoureux. Puis, repart la transe-pudding épuisante… Cours, Lola, cours, c’est finalement La Grenouille qui voulait se faire plus grosse que le bœuf, et le cinéma, dans tout ça, se retrouve écrasé, voire annihilé par tant de prétention mal placée.

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