3
sur 5

Star à trois casquettes (actrice, scénariste, productrice), Neve Campbell avait toujours rêvé de montrer au grand jour son passé d’ex ballerine. Altman l’a fait, à sa sauce. Company est un échange de bons procédés, un film à quatre mains dénué de bras de fer. Des fondations qui fleurent trop l’ode au consensus pour que quelque chose décolle réellement. A la fois conventionnel et futile, le film liste à son rythme pépère les tics du sujet (la danse, Campbell) et de son metteur en images. Coté scène : le chorégraphe lunatique (Malcolm McDowell, pénible), les amourettes de vestiaires, les entrechats, les blessures et la star de Scream dans un numéro de fausse modestie. Coté écran : du Altman light des années 90, l’ironie facile, la caméra toujours sûre et souple tissant les destins multiples de ce show-biz de haute voltige.

Futile, un peu chiant mais néanmoins curieux film. Company s’affirme comme une sorte d’intermède dans l’oeuvre du cinéaste, la fin d’un cycle -le film choral- archi-visité. Comme un peu soûlé par ses propres dispositifs, Altman les suit d’un oeil paresseux, mettant l’autre au point mort. Témoin, le directeur de la troupe, d’une cruauté précieuse chère à son créateur, presque utilisé comme un bouche-scène, par habitude ou par paresse. Idem pour l’étude sociologique, constamment dégraissée par les démonstrations scéniques, jamais l’objet d’un tour de force.

Finalement, ce survol général sied bien au film qui révèle une satisfaction bien confortable : l’indéniable aisance d’Altman, équilibriste profondément doué dont l’expérience et la maîtrise technique trouvent une solution à tout et n’importe quoi. Mise en espace, montage, composition des plans, tout apparaît ici comme décanté par le rien-à-dire général du film. Company est la preuve absolue de la facilité sidérante de son auteur à dessiner en quelques plans des situations complexes (la scène du billard), à jouer en pilote automatique de sa propre virtuosité. Ni malade ni laborieuse, cette livraison superficielle traduit l’élégante lassitude d’un vétéran sûr de son cinéma.

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