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Le Ruban blanc

Réalisateur
Michael Haneke
Interprètes
Christian Friedel, Ernst Jacobi, Leonie Benesch
Origine
France / Italie / Autriche / Allemagne
Durée
2h24
Date de sortie
21 octobre 2009
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Avec ses airs de vieux sage, Haneke est finalement parvenu à ses fins. Qu'une Palme d'Or récompense le film le plus ennuyeux du père fouettard autrichien n'est au fond guère une surprise : un tel « maître » ne peut jamais tant séduire que lorsqu'il pousse ses « trucs » dans leurs derniers retranchements. L'histoire est d'une simplicité confondante : dans un village isolé de l'Allemagne du Nord, à la veille de la Grande guerre, d'étranges incidents se produisent. Gros gros mystère : on décapite des choux à la faux, des accidents se produisent, et personne ne semble en mesure de trouver un coupable.

Dans cette ambiance putride de vengeance qui ne dit pas son nom, Haneke filme le quotidien d'un village écrasé par une rigueur protestante aux rituels étouffants et brutaux. Comme un poisson dans l'eau, le vieux boogeyman du cinéma d'auteur mondial se fait évidemment une joie de décrire des réunions familiales teutonnes qui n'ont rien de petits déjeuners Ricoré : enfants battus au sang, bonnes sautées derrière un placard, épouses soumises et flétries, notables dégénérés, etc. Tout ça fait évidemment mine de flouter une métaphore qu'on voit débarquer à des kilomètres, gestation lente du nazisme dans les entrailles de la Prusse d'avant-guerre. Le projet en soi est pourtant passionnant, Haneke déployant un noir et blanc somptueux sur la campagne resplendissante d'outre-Rhin, faisant jouer comme jamais son art scénographique à la fois calme et souverain. Pourquoi dès lors le film rebute-t-il tant, outre l'ennui qu'il dispense sans relâche durant ses interminables 2h25 ? La faute à la mesquinerie congénitale d'un cinéaste jouant du mystère comme d'un pur artifice lui permettant de rester dans l'ombre : plus encore que Caché, qui s'effondrait sous le poids de son dispositif (la caméra qui épie mais qui en même temps n'existe pas), Le Ruban blanc n'est que dispositif : une voix-off annonce l'effroi (attention terreur) / la séquence révèle l'horreur / le cinéaste repart comme si de rien n'était affronter la séquence suivante et reproduire inlassablement ce petit processus terroriste en trois temps.

Le pire est que rien ici n'est dit qui n'ait été traité avant lui, de manière admirablement plus modeste et puissante (Le Village des damnés est partout). Au fond, la rigidité pontifiante du vieux papy moisi ne cache rien d'autre que ça : sa peur-panique de voir fondre sa carapace de vieux sage, dissimulant un petit prédicateur impuissant, sénile et pathétique.

Vincent Malausa

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