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Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street

Réalisateur
Tim Burton
Interprètes
Johnny Depp, Helena Bonham Carter, Alan Rickman
Origine
Etats-Unis
Durée
1h55
Date de sortie
23 janvier 2008
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Alors que les frères Coen, autres fers-de-lance en chute libre de la génération dorée des années 1990, reprennent du poil de la bête avec l'éblouissant No Country for old men, Tim Burton continue à creuser sa galerie dans les abîmes d'un imaginaire asséché et déshumanisé au dernier degré. Aussi dévitalisé que pouvait l'être Les Noces funèbres, Sweeney Todd offre une succession de séquences en pilotage automatique où les personnages, vignettes convulsives et robotiques, feignent d'être animés par de fougueuses passions romanesques (amour fou, vengeance, délire de puissance). De fait, même sur ce plan (le romanesque gothique à tendance émo), le film se plaque sur les canons fadasses et pompiers de la comédie musicale dont il est l'adaptation en forme de reçu pour solde de tout compte : loin du rêve d'opéra barbare que le projet laissait espérer, on se retrouve avec une opérette à l'imagerie digne d'une superproduction Robert Hossein sur le thème de l'Angleterre victorienne. Il suffit de quelques plans, dès l'ouverture (Depp chante son passé douloureux, les plans saturés et criards s'enclenchent dans le sillage de cette torture auditive), pour plomber le film d'un académisme chichiteux qui ne le lâchera plus.

Si l'aigreur, la crise d'inspiration, l'assèchement ouvraient le sinistre Charlie et la chocolaterie à un niveau de lecture ironique (la méchanceté et le bad trip comme vagues horizons esthétiques et moraux), l'argument ne tient même plus ici : cette mécanisation et cette robotisation du cinéma de Burton, qui le rapprocherait désormais d'un Jeunet (ce qui, en soi, est déjà bien triste), se révèle pur relâchement cynique, tant dans le style (l'horrible plan accéléré de la découverte de la ville au steadicam, façon Jan Kounen) que dans l'agencement du récit, inversant les principes du conte (art de l'affabulation qui fit la gloire du cinéaste) en une sérialisation programmatique des séquences. Ce ne sont plus que saynètes autonomes (Sacha Baron Cohen qui fait son petit tour de piste) et clips chantés ou thématiques (la succession des égorgements du barbier liquidée en cinq minutes chrono). La mise en scène, suspendue à cette stérilisation permanente des effets qu'elle dégurgite, achève de liquider Sweeney Todd : l'odyssée étouffante d'un cinéaste dans les méandres de son imaginaire carbonisé.

Vincent Malausa

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