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sur 5

Wayne Wang s’impose comme un cinéaste du portrait. Sa filmographie s’égraine de nombreuses esquisses. Il s’agit parfois de tableaux décrivant un lieux à travers ses habitants, tel le quartier new yorkais de Smoke et de Brooklyn boogie, parfois d’instantanés saisissant au vol quelques personnages, tels les membres de la communauté sino-américaine, dans Le Club de la chance. La caméra est placée avec le maximum de discrétion mais toujours au bon endroit pour capter l’essentiel. Avec son dernier film, Chinese box, Wayne Wang exécute un retour aux sources en dressant une peinture de Hong Kong. Il s’agit là d’une authentique lettre d’amour que le cinéaste offre à sa ville natale.

Le Hong Kong de Chinese box est un monde en train de basculer. L’histoire se déroule au rythme des six mois précédant la rétrocession à la Chine Populaire. Le tableau de Wang prend ici toute l’épaisseur d’un réaliste cinématographique lorgnant habilement du côté du documentaire. La réalité du moment est saisie avec justesse. Les incertitudes, les arrangements et les peurs se bousculent. Des étudiants se suicident en pensant lutter pour une démocratie qui n’a jamais véritablement existé. Des hommes d’affaires pactisent avec les nouveaux dirigeants. La vérité est difficile à admettre : seuls l’argent et le business restent des repères stables.

Dans Chinese box, la ville compte plus que les personnages. Ce sont eux qui donnent son âme à Hong Kong. Wayne Wang fait s’entrecroiser quelques figures emblématiques de ce carrefour asiatique -un journaliste britannique, une immigrée chinoise, un homme d’affaire du cru…- afin de cristalliser la destinée collective autour de rencontres symboliques. Il se livre dans cet exercice à un travail formel très intéressant en pratiquant, notamment, le collage. De nombreuses séquences vidéo -scènes de rue filmées à l’épaule ou bien images provenant d’émissions de télévision- envahissent progressivement la pellicule cinématographique. La disparition du visage européen de Hong Kong finit par être vécue exclusivement par procuration cathodique, faute d’une réelle compréhension physique des choses. Le journaliste interprété par Jeremy Irons succombe littéralement sous l’avalanche télévisuelle.

Wayne Wang a donc de bonnes idées, mais manque ici de la rigueur qui a fait la réussite de Brooklyn boogie. Son film méritait de disposer d’une structure un peu plus solide et complexe, imbriquant les éléments au lieu de les laisser en parallèle. Son scénario se limite trop souvent à une simple exposition, au demeurant brillante. Il n’est pas aussi virtuose dans la manipulation des portraits croisés qu’un Wong Kar-Waï, dont il recopie parfois quelques tiques agaçants. Il n’en reste pas moins que Chinese box est un des films les plus intéressants du moment.

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