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2
sur 5

En dépit de son titre poético-bizarre, Calino maneige ne tranche pas sur le tout-venant de la production télé à vocation civique qui, sous les noms de Navarro, Julie Lescaut ou L’Instit, fait pleurer les chaumières et taille un costard sur mesure au corps social toujours trop grand pour elle. Prévu pour la télévision, le premier long métrage de Jean-Patrick Lebel ne réussit pas l’examen de passage du petit au grand écran.

Dans son projet de cerner les contours d’une jeunesse souffrante dans la France d’aujourd’hui, il entre trop de la condescendance de l’éducateur social flattant ses « sujets » avant de leur montrer le droit chemin. Le film souffre d’une absence de point de vue sur ses personnages. Le naïf souci de coller à la réalité sociale ne donne lieu qu’à un naturalisme du pauvre qui croit enfin donner la parole aux « exclus » quand il les enferme un peu plus dans la case sociologique. Jamais Nicolas et Nejma, le couple antihéros du film, ne deviennent des personnages de cinéma, juste les clones de leur alter-ego télévisé, le fameux « jeune » qui sature la logorrhée médiatique. Si le film donne peu à voir de l’expérience de cette jeunesse, tellement travaillée par la question de l’intégration qu’elle en vient à oublier sa jeunesse justement, c’est que Lebel s’interdit de lui donner un destin de fiction. Il préfère suivre les chemins balisés du conformisme social -les voies de l’intégration sont impénétrables !- plutôt que développer l’hypothèse d’un ailleurs fictionnel. La seule tentative pour définir à l’écran ce lieu « autre » où ses personnages pourraient enfin exister se traduit par des accroches visuelles d’une grande maladresse : ainsi, les surimpressions montrant les visages de Nicolas/Calino et Nejma/Neige sur fond de ciel étoilé rappellent davantage la réclame pour la téléphonie mobile que le planétarium de Rebel without a cause.
Quant au plan qui « anime » la façade d’un immeuble de cité H.L.M. en ouvrant de petites fenêtres d’incrustations censées montrer les coulisses des vies de banlieue, il révèle les velléités cinématographiques d’un téléfilm qui n’en a pas les moyens.