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Le dada de Ken Loach, on le sait depuis belle lurette, c’est la dénonciation de l’injustice sociale, de l’oppression politique et étatique. Défenseur des droits du travailleur, et plus largement du citoyen, voilà plus de trente ans qu’armé d’un militantisme à toute épreuve, il prend le parti de l’individu contre le système qui le bafoue. Sur ce terrain, il fait feu de tout bois. De la guerre d’Espagne à celle du Nicaragua, de l’ouvrier au chômage au docker en grève : les raisons d’être en colère sont nombreuses pour cet observateur critique du monde contemporain et des abus de pouvoir. Nul ne songerait à lui reprocher ses indignations légitimes ni à remettre en question sa bonne foi mais il est vrai, néanmoins, qu’au fil des années, le discours s’est endurci au point de délaisser progressivement les touches poétiques qui faisaient le prix de ses meilleurs films (Kes, Regards et sourires) au profit d’une contestation plus schématique et moins subtile… jusqu’à atteindre les limites d’un cinéma désormais intoxiqué par sa bonne conscience et sa verve contestataire.

Au programme de Bread and roses : immigration clandestine, exploitation patronale, syndicalisme et lutte pour la reconnaissance des droits du travailleur. Pour sa première incursion sur le territoire américain (dans le cadre d’une production européenne, toutefois), Ken Loach n’y est pas allé de main morte. Son héroïne, Maya, quitte le Mexique pour rejoindre illégalement sa sœur à Los Angeles où, comme elle, elle intègre une entreprise de nettoyage. Très vite, elle découvre l’extrême précarité de sa situation et les pressions terribles exercées sur les employés qui n’ont pas de papiers en règle. Maya décide alors de se battre pour ses droits.

A moins de posséder un cœur de pierre, difficile de ne pas compatir, le réalisateur prenant le spectateur en otage (mais, regardez donc, je vous prie, ce qu’endure ce personnel d’entretien !) et misant sans cesse sur l’émotion (ah ! cette scène où sa sœur déclare avoir survécu grâce à la prostitution !). Le problème vient de cette manipulation du public devenue systématique chez Kenneth Loach. Non seulement, à force de s’enfermer dans le même registre, a-t-il perdu tout moyen de surprendre, mais son obstination à utiliser les mêmes vecteurs d’empathie annule totalement l’effet recherché. Tout est désormais devenu prévisible et balisé, enserré dans le carcan rigide d’un gauchisme de bon aloi, formaté. En conséquence de quoi, Bread and roses, qui a pour mission d’éveiller les consciences, les endort en ne les promenant que sur des sentiers maintes fois traversés, et qui aboutissent à une impasse cinématographique.

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