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sur 5

Sous les dehors trompeurs du traditionnel film d’horreur teenage du XXIe siècle, avec effets numériques high-tech de rigueur, Bones n’ambitionne rien moins que tirer le bilan de 25 années de musique black, sans peur des raccourcis et avec bilan comptable à la clé. Verdict : en digne héritier de la soul seventies, le gangsta rap met une bonne déculottée au R&B et à ses dérivés les plus dénaturés. Soit. Mais si cette sentence ne présente déjà pas un grand intérêt en soi, sa démonstration elle-même tire au flanc au point de s’auto-court-circuiter.

Pourtant l’allégorie valait la peine d’être tentée. Point de départ métaphorique : un vieux manoir abandonné qu’un groupe de jeunes blacks aisés investit pour y organiser des soirées placées sous le signe de la dance. Malheureusement pour eux, le lieu est hanté par l’âme de Bones (le Snoop lui-même), roi des caïd du ghetto dans les années 70 et lâchement assassiné par ses propres amis, désireux d’introduire du crack dans son circuit commercial. A l’origine était donc la « soul » idyllique du ghetto black fraternel, peuplé par des macs réglos gentiment pistés par Shaft et vénérés par des bombes sexuelles à la Pam Grier (la petite amie de Bones dans le film). Puis sont arrivés les drogues violentes et l’éclatement de la communauté noire, dont une partie a même osé s’esquiver dans les quartiers chics avant que leurs rejetons ne reviennent servir leur soupe rance jusque dans la baraque du Bones. Un point de vue tiré par les cheveux, mais qui aurait pourtant pu être rendu sexy par la confrontation des sons et images propres aux différents camps musicaux.

Car au fond, le cauchemar de ces jeunes, coursés par des morts vivants menés par un loup assoiffé de vengeance au profil très Snoop, n’est rien d’autre autre qu’une histoire de musique. Celle de la réincarnation de l’esprit soul d’il y a deux décennies dans le corps d’une icône rap contemporaine (en dehors de ses atouts plastiques, la présence de Snoop Dogg n’est pas innocente) qui revient éliminer ceux qui l’ont trahi (Dj Maurice est d’ailleurs le premier a se faire tailler en pièces). Or la mise en scène de Bones procède par simple juxtaposition de stéréotypes musicaux et malgré la débauche informatique ne dépasse jamais l’imagerie en toc issue des clips de rap de base. Du coup, on a du mal à voir en quoi ces clichés grossiers ressuscitent l’esprit funky de la soul, avec laquelle ils n’ont d’ailleurs pas grand chose à voir finalement. Reste alors pour relier ces fils épars, une histoire d’ados massacrés, bien moins funky justement que les joyaux du genre.

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